Il y a bien une polémique qui a agité le monde du livre cette semaine et c’est celle du romancier canado-haitïen Thélyson Orelien. Nommé dans de multiples prix littéraires pour son dernier ouvrage « C’était ça ou mourir » (2026, éditions Grasset), l’auteur a perdu en quelques jours presque toute crédibilité littéraire et dans sa carrière. Son ouvrage était en pleine adpatation dans vingt langues différentes et s’était déjà vendu des dizaines de milliers de fois. Le 21 septembre 2026, le compte X « Balance ton claude » (Claude pour le logiciel d’IA), accuse l’auteur d’avoir écrit une majeure partie de son livre… avec l’IA, après l’avoir passé dans un détecteur d’intelligence artificielle. Dans cette analyse, je reviens personnellement sur les multiples accusations de plagiats qui déferlent depuis quelques mois notamment envers des auteurs noirs et ainsi, au travers d’une histoire personnelle.
Dès les petites classes de l’école, on rentre dans ce schéma de doute quant à nos capacités intellectuelles et réflexives. Où on nous reproche d’être hors normes, dans nos corps et récits. Enfants d’immigrés de l’école de la République française, nous avons reçu dans une grande majorité des cas, une éducation linguistique et textuelle à l’école comme à la maison, suffisante et souvent multiple de par nos métissages culturels, sauf si vous êtes sujets à des dys ou handicaps bien sûr. Une diversité culturelle qui nous a permis d’exprimer autrement notre vision du monde et nos contextes personnels.
L’un des premiers marqueurs du racisme quant au parler et l’expression de soi qui s’opère à l’école prend surtout place dans les matières littéraires. La littérature continue d’être un canal et un gardien de la distanciation sociale, les études littéraires et en sciences sociales étant sélectives, élitistes et ayant très peu de places.
Comme beaucoup d’enfants, en tant que jeune femme noire, j’ai été victime de la violence et du racisme scolaire.
J’ai lutté cette année 2013 en français comme jamais dans ma vie car ma prof en 1ère ES ne comprenait pas ma facilité ou subtilité d’expression dans mes écrits. Elle n’arrivait sûrement pas à assimiler que cette jeune femme noire de banlieue, dans ce lycée de zep pouvait écrire ses devoirs sans tricher ? Alors qu’on m’avait poussé l’année précédente à m’orienter en filière littéraire. Figurez-vous que ce hiatus a pris fin après un trimestre entier à qualifier mes devoirs maisons avec l’appréciation d’un « I » pour Internet, et indirectement de tricheries ou plagiat.
Lors d’un bac blanc de français, une autre prof a corrigé ma copie. Une copie qui s’est avérée hors sujet mais tout de même bien écrite. Depuis cette correction alternative, ma prof a tout le reste de l’année commencé à me noter au dessus de la moyenne et les I ont disparu de mes copies comme par magie.
Comment les acteurs et actrices d’un système qui se dit démocratique, laïque et pensé pour tous continue de broyer les imaginaires et expressions de tant d’enfants ? Et ainsi, continue à favoriser un couloir de pensées très fin et étroit d’un certain parlé et écrit français à l’école. L’ironie est que si tu es un.e enfant d’immigrés qui absorbe les codes éducatifs, les normes langagières élitistes sans oublier le capital culturel et scolaire, ce n’est jamais suffisant. Tu n’as quelque part pas le droit d’être exceptionnel ou de sortir des attentes de la discipline.
Pour revenir au cas de Thélyson Orélien, nul ne sait vraiment si l’auteur a entièrement écrit cet ouvrage avec l’IA. Mais son cas n’est pas anondin dans le milieu intellectuel. Il y a quelques semaines à peine, la mort du professeur britannique Jason Hardy, choquait le monde académique. Plus jeune professeur noir de Cambridge, Jason était accusé de plagiat dans ses recherches et publications depuis quelques années et luttait contre un harcèlement féroce de la part de médias, majoritairement de droite. Après des années d’accusations, le docteur en sociologie a d’abord démissionné puis a fini, le 14 août dernier, par se ôter la vie.
Ce qui est perceptible dans ces deux polémiques successives sont les accusations toujours plus violentes et virulentes notamment en ligne, lorsqu’une personne noire déroge aux attentes qui lui est accolée ou qu’elle faillit : comment Thélyson peut-il être nommé dans tous ces prix d’écriture ? Pourquoi il y a-t-il toutes ces tournures de phrases dans son roman ? Pourquoi écrit-il ainsi ? Cela revient quelque part à sous évaluer et déshumaniser son travail, sa plume et son style. Cette polémique s’apparente à un certain racialisme littéraire. Et le cas actuel de Thélyson Orélien fait surtout écho à tous ces enfants et étudiants non blancs ou d’ascendance étrangère ou de classes populaires, qui essaient et essaieront encore de répondre aux normes scolaires en vain et finiront par être qualifié de tricheurs, menteurs et aliens, comme prisonniers de leurs capacités, adaptation et tout bonnement intelligence.
Cette énième polémique vient surtout rappeler le racisme latent dans les cercles littéraires et la montée atroce de l’IA dans le monde culturel et académique. Donc, dans des milieux qui sont dans leur essence anti IA et pour une créativité et liberté accrue et affirmée de s’exprimer autrement. Et que l’IA reste un outil qui ne contre pas le racisme et les discriminations, au contraire, il les accentue. Un outil créé par l’Homme ne peut être 100% correct, et donc ce même outil ne peut se permettre de critiquer la fiabilité d’un écrit. Comme le serpent se mordant la queue, la polémique divise encore, rappelle que les nouvelles technologies tapent encore plus sur les failles humaines et ne sont en cas nos alliés créatifs et qu’ils ne semblent toujours pas détecter le racisme.
Dans cette histoire, les camps sont visibles et en tant qu’humaine, femme et noire, ayant subi la violence et le racisme scolaire, vous devinerez sûrement vers qui mon soutien se dresse.
Charlyze


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