Dans ma définition : « Est radical.e ce qui s’oppose à ta normalité, à ce que tu ne peux conscientiser ou percevoir« .
Cela faisait un moment que je me sentais d’écrire sur le sujet.
Ces dernières années, j’ai senti le curseur de ma tolérance dans mes liens totalement shifter et arriver dans un nouvel espace : la radicalité.
Ce mot torpillé et surpolitisé à tort depuis des années a quelque part perdu son sens premier.
Être radical.e c’est affirmer son être, ses choix, son récit et son parcours. C’est dire oui ou non sans se retourner, même quand on a peur, surtout quand on a peur.
Mais pour moi, c’est d’abord sortir d’un cadre, celui de la norme, d’un discours poli et polissé. Impeccable, cool et réceptif.
Au fil du temps, ce mot m’est souvent accolé par des hommes hétéros. Il ne m’a jamais offensé, au contraire, mais il m’interpelle dans le fait de me (re)définir. Quand un homme me dit radicale, je le prends comme un compliment car cela vient sûrement dire que je ne satisfais pas sa réalité en tant que femme noire, d’autant plus quand il l’est lui aussi.
Parfois la radicalité te précède dans ton sang et ta chaire. Elle se ressent par ton vécu avant que tu ne dises quoi que ce soit. Elle est parfaitement invisible.
Dans mes sphères et mon entourage, on me qualifie souvent d’atypique et ce depuis l’enfance. Mais plus je vieillis plus cette radicalité me suit. Elle intervient quand je ne suis pas écoutée, entendue, appréciée. Quand mon estime est ébranlée, quand ma réalité est perçue comme imaginaire tout comme mes idées. Ces derniers mois, ce sont les mêmes profils d’hommes qui m’en ont qualifié : des hommes broyés sous un système sexiste, qui se qualifiaient de déconstruits, cultivés mais toujours sous le joug du masculinisme, au travers de lectures et de figures masculines.
Cette radicalité qui m’est accolée me rappelle de continuer d’affirmer mon identité. Un exercice presque troublant quand on a pendant 25 ans fermé sa bouche et subi pour le bien pensant, pour ne pas déranger l’ordre familial déjà bancal ou des liens absurdes.
Et elle ne finira pas de s’épaissir au contact de personnes insensibles aux émotions, aux blessures et aux sensibilités des autres.
Cette radicalité qu’on me colle, n’est que mon intolérance aux manquements d’un être humain selon ma définition.
C’est cette boussole interne qui anime tes choix, elle choisit avant toi. À moitié intuitive, ma radicalité se traduit comme un pouvoir et son intensité change selon la personne ou le contexte en face. Être radical.e n’insinue pas la dureté ou l’impatience, c’est une vague de stabilité physique et emotionnelle lors de l’instant T, qui m’envahit et me permet de d’agir ou non.
Est-ce si radical de mettre fin à une relation après moultes irrespects, de bannir de son écoute un ou une artiste borderline dans ses propos et comportements ?
Cette fameuse fenêtre d’Overton a tellement bougé nos acquis conscients vers la droite, que plus rien de bon n’est promu ou encouragé. La norme est maintenant dans la désensibilisation dans tout ce qu’on est et consomme. Quelques médias, communautés, plateformes et œuvres continuent de rassembler, en prenant un contre courant sensible et intelligible. Des plateformes qui remettent au centre une forme de radicalité qui permet d’aller plus loin et lentement ou plus fort et ferme. Et toujours avec une volonté de dire stop, d’écouter encore plus longtemps, regarder et observer quand on pense ne pas avoir le temps. Cette école morale me guide dans tous mes pas et chemins de vie et me pousse à aller au bout de chaque entreprise et action. Je pense qu’au final être radical.e c’est se donner les moyens de réaliser et se réaliser dans toutes les dimensions possibles, faire en sorte que nos aspirations prennent place. Bien sûr que la mission est bien que trop dure en 2026, mais la relever est d’autant plus satisfaisante.
Les limites n’ont jamais été le problème, elles restent une extension du bien commun et de mon estime personnelle. Et à vrai dire, savoir en mettre est radical, plus qu’auparavent. Je me rends compte que ce que je qualifie de radical peut être ainsi nommé légitimité ou estime. Il faut juste savoir où les placer et quand elles s’arrêtent pour les autres et nous-mêmes.
Je l’ai après 29 ans, enfin compris.
Charlyze


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