Depuis 2012 lors de sa première édition, la journée internationale du jazz se tient tous les 30 avril, à la fin du Jazz Appreciation Month (JAM) . Chaque année, une ville est choisie comme lieu pour des célébrations tout le mois, qui se termine par cette journée où le genre est mis à l’honneur à travers le monde. Cette édition 2026 est l’occasion de se plonger dans l’univers du genre, particulièrement dans ses différentes représentations cinématographiques.
Aux origines…
Le jazz trouve ses origines dans l’Amérique noire, particulièrement en Nouvelle-Orléans. Véritable héritier du blues qui résonnait dans les champs de coton, le jazz s’est transformé maintes fois et a su évoluer en un genre moderne. C’est précisément de cet héritage et de sa manifestation au cinéma dont nous allons parler.
Un héritage perpétuel

La plus grande force de cette musique vient de sa capacité à nous transmettre une émotion, un message à travers de simples notes, parfois improvisées. Cette transmission d’émotions se retrouve aussi au cinéma. Le film Mo’ better blues de Spike Lee sorti en 1990 se déroule dans le New York des années 60. Bleek, joué par Denzel Washington, est un musicien passionné. Cette passion, il la tient de sa mère qui le faisait s’entraîner à la trompette si rigoureusement, qu’il en deviendra presque une névrosé. C’est seulement quand il perd sa musique, ce pourquoi il a vécu toute sa vie, qu’il se libère finalement et littéralement de son emprise. Bleek a passé sa vie dans une prison de musique dont personne n’avait la clé. Le jazz, sa puissance et son caractère irrésistible l’ont gardé loin émotionnellement de tout ce dont il était proche. Quand il passe à son tour le flambeau, il donne à son seul fils ce même amour pour le jazz, reproduit la même éducation musicale qu’il a reçu de sa mère. C’est ce trait héréditaire que l’on retrouve dans la musique, surtout la musique dite « noire ». À travers les cultures, les afrodescendants se transmettent un amour ou une obsession pour la musique. Qu’il s’agisse de l’héritage et de l’adoption de musiques afros par des artistes afro diasporiques ou du voyage de la rumba congolaise jusqu’à Cuba, les migrations des peuples noirs transforment la musique à une échelle générationnelle. Cette transmission est visible dans le film de Spike Lee.
La musique comme identité

La musique sert également de marqueur identitaire. Dans le jazz particulièrement, les musiciens communiquent entre eux ou avec leur public en direct depuis la scène. Ils ont un message à faire passer, une voix qu’ils veulent faire entendre. C’est le cas de Joe Gardner, personnage principal de Soul (2020) film d’animation sorti en 2020. Le film nous révèle ce personnage comme étant entièrement défini par son amour pour la musique et par sa volonté de « percer » un jour pour ne plus avoir à travailler auprès de l’orchestre d’une école. Toute sa vie, Joe pensait avoir quelque chose à dire avec sa musique. Quand celle-ci s’est brusquement arrêtée, il a été obligé de trouver quel autre sens elle pouvait avoir et a commencé à utiliser sa voix autrement qu’à travers son saxophone. La question que Joe ne s’était pas posé était : Qui suis-je sans ma musique ? Il n’avait en effet jamais eu à le faire, puisque le jazz était son identité, sa façon de s’exprimer, sa voix tout simplement.

À contrario, le personnage de Robert Halloway, héros du film Pour l’amour de Sylvie et également musicien de talent, ne se définit pas par sa musique. Il commence une romance avec la fille de son patron, Sylvie, mais leur idylle est coupée court quand le quartet de Robert est engagé pour une tournée à l’étranger. Il a un don indéniable pour la musique, mais il renonce à continuer dans le milieu. La seule chose qu’il n’abandonne pas est l’amour qu’il a pour Sylvie. Le film est un romance rythmée par la musique, pas un film musical qui raconte une romance.
Comment se libérer ?

Le film Ma Rainey’s Black Bottom sorti en 2020 met en scène Viola Davis dans le rôle de Ma Rainey, chanteuse de blues qui s’apprête à enregistrer son premier album. La session d’enregistrement se passe difficilement. Entre demandes de Ma Rainey, retards et distractions des musiciens. Ce groupe éclectique et de personnes noires finit par échanger entre eux des récits de leurs propres vies et quotidiens dans l’Amérique des années 1920. Cette proximité forcée par l’enregistrement sans fin révèle les caractères et fait ressortir ce qui était enfoui. La musique de Ma Rainey est utilisée comme un outil servant à illustrer un problème fréquent aujourd’hui encore. L’exploitation des talents noirs sans la reconnaissance qui va avec. Le personnage de Levee, par exemple, se retrouve viré du groupe à cause de son attitude. Confiant qu’un contrat lui serait proposé, il se retrouve finalement sans les droits de ses chansons qui sont jouées par un groupe entièrement blanc à la fin du film.
Qu’il provienne des notes d’un piano, d’un saxophone ou d’un trompette, le jazz est un genre qui a toujours su toucher. Il est depuis près de 100 ans utilisé comme moyen de communication et comme exutoire, notamment par les communautés noires à travers le monde. Au cinéma, on l’a montré comme étant un genre compétitif (Whiplash, 2014) ou comme une passion sans limites. D’où vient cette idée ? Serait-ce la nature de sa naissance (chants des esclaves) qui ferait qu’il est associé à cette violence, ou sert-il d’outil au cinéma pour illustrer des réalités qui, elles sont violentes ?
Christa

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