Backrooms : n’avale pas tes traumas !

Qu’est-ce qui se passe quand tu ne guéris pas de tes traumas ?
C’est ce que soulève avec brio, horreur et hypersurréalisme le film Backrooms (2026) réalisé par Kane Parsons.

Le film fait l’état des lieux de ce qui nous ronge et nous consume depuis l’enfance et même à l’âge adulte.
L’histoire s’articule comme un entonnoir où comme en thérapie ou en écriture, on effile le plus costaud, le plus visible, en somme, on balaye l’éléphant dans la pièce. Ces gestes et/ou mouvements qui trahissent nos blessures. Pour arriver à tomber ce qui fait mal derrière la carapace.

Ce qui détonne dans le film est la relation qui se doit de base parasociale et de confiance entre un psy et sa patientèle. Qui normalement ne dépasse pas le cadre spatial du cabinet, du moins dans les années 90. Backrooms joue sur les limites de cette relation qui initialement sert le patient, lui permet d’avancer et guérir. Mais il casse ce schéma de guérison avec un patient qui trouve une faille pour ne plus se battre et tenter de se sauver. C’est poétiquement violent cette fin où la psy/thérapeute est presque prise au piège par son patient et s’entremêle dans ses profondeurs psychiques. Au point de ne pas y échapper totalement. Le film explore cette philosophie ou hérésie de se faire détruire par ses peurs, la dépression comme maladie et voire gangrène qui finit par te manger de l’intérieur.
Le film m’a rappelé « Get Out » (2017) pour cette poursuite en arrière mentale et mais aussi la saga Labytinthe ou encore la série Severance avec bien sûr, avec cette horde de scientifiques, dévoué à un projet secret qui enferme contre leur volonté des personnes blessées et traumatisées.

C’est vraiment une métaphore visuelle de l’adage « Hurt people Hurt people » ou tu attires ce que tu es quelque part, même inconsciemment

Une fois que tu rentres dans les Backrooms, il y a comme une sorte de capteur qui aspire toutes tes blessures et les personnifie. Tu es pris au piège de tes propres démons. Et ceux du personnage principal sont plutôt colossaux.

Enfin, je suis personnellement heureuse de voir un personnage noir et qui plus est un homme noir américain, qui ne fait pas que sombrer dans les méandres de ses traumas mais qui incarne au cinéma sa thérapie en se questionnant profondément. Et d’être au final un objet psychanalytique en montrant ses limites, dejouant ces clichés fétichistes et masculins de force et puissance qui lui sont souvent accolés. L’échec de sa sortie mentale et son aveu de faiblesse m’a rappelé tant de discussions et expériences quant aux hommes noirs ou afrodescendants et cette barrière peu franchie de se rencontrer au plus profond de soi afin d’avancer. C’est une entreprise personnelle de consulter mais la volonté de continuer de guérir nécessite souvent plus que du soi.

Vous l’aurez compris, Backrooms reprend des codes d’un cinéma gore, comme les sagas Saw ou REC où la violence et l’horreur sont capturées doublement ou triplement à la caméra. Ou encore avec cet espace sous-terrain venant rappeler le néant presque aussi infini de notre cerveau qu’on ne finit pas d’explorer au fil de nos vies et qui se peut d’être mortel intérieurement si on emprunte
le mauvais chemin !

Votre commentaire

En savoir plus sur POINT ZERO WORLD

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture