Everything everywhere all at once : une critique de l’absurdité conventionnelle qu’est la vie

Image du film – Source Pinterest

En vu de sa prochaine sortie le 31 août au cinéma et ayant pu le voir en avant première, je reviens sur cette pépite visuelle qu’est Everything Everywhere All At Once (2022). Réalisé par les américains Les Daniels (Dan Kwan et Daniel Scheinert), le film ne laisse et laissera personne indifférent après son visionnage, moi la première et j’aimerais revenir sur plusieurs points du film dans cet article.

QUI ES-TU EVELYN…QUI SOMMES NOUS ?

Le film pourrait être qualifié de « psycho-métaphysique » ou philosophique. C’est un concentré de questionnements et un personnage en particulier les caractérise : Evelyn. Femme d’âge mûre, vivant aux États-Unis et d’origine chinoise, gérante d’une laverie avec son mari de longue date Waymond et leur fille unique Joy. Crise de la quarantaine ou de la cinquantaine, peu importe, Evelyn est du jour au lendemain introduite dans une quête absurdement grandiose.

Le but de cette quête ? Se retrouver voire se trouver, une introspection brutale et fantasque sous le joug d’une quête multidimensionnelle. La vie d’Evelyn n’est au final qu’une minuscule partie d’un univers aux milliers de possibilités. Parasitée loin de sa vie monotone et en faillite (véritablement) Evelyn est amenée à se réinventer, chercher au fond d’elle ses échecs, ses doutes et ses peurs. Elle se doit de relever des défis brisant cette carapace de femme impassible et « forte » qu’elle s’est forgée et que ses proches déploraient. Elle rejoint une aventure où sa fille est son ennemi-alter ego et son mari dont elle s’éloignait, son acolyte millénaire.

Au fil de cette quête après maintes batailles et discussions et flashbacks sur ce que aurait pu être sa vie selon les choix qu’elle aurait fait ou pas, Evelyn en arrive au point où plus rien ne compte. Le stress, le mariage, ses peines, ses doutes, l’orientation sexuelle de sa fille qu’elle cachait pour le « bien » de sa famille, Evelyn arrive après des combats internes et psychédéliques à retrouver le chemin de sa vie. Petit aparté sur la fille d’Evelyn, Joy/Jobu, son antagoniste. Au travers de son personnage némésis Jobu, jouée par l’excellente actrice Stéphanie Hsu, Evelyn se confronte de force à ce dont elle a peur d’être ou de voir et d’accepter. Des situations qui existent, des parts d’elle dont elle n’a pas guéri, des rêves brisés. Sa fille qu’elle méprise servira de pansement psychique et émotionnel. Ne trouvant aucune entente dans notre monde, les deux femmes se livrent ainsi une bataille céleste dans ce multivers, dans tous les univers possibles mais elles tendent pourtant au final aux mêmes envies : être acceptées et entendues.

Un film sur ce qu’est la vie : tout et rien à la fois

Le film part d’une mission proche du film d’action classique pour finir sur un voyage initiatique et surnaturel qui m’a parlé et qui vous parlera sans doutes. En 2022 une chose est sûre c’est que l’on est plus sûrs de rien : après une pandémie, une variole du singe (rahlala), des guerres, des inégalités grandissantes et des soulèvements populaires planétaires, nos ambitions et nos rêves sont reconduits ou sont passés à la trappe pour nombreux d’entre nous. Tout comme Evelyn son mari et sa fille, nous sommes dans une époque où nos manières de faire, de vivre, de consommer, de célébrer, tout simplement de vivre sont tous les jours ébranlées et redéfinies sans cesse. Aucune théorie ou alternative semble être la meilleure ou ne fait l’unanimité. Nous sommes cloîtrés dans nos bulles et microcosmes qu’on ne veut détruire par peur de fragiliser les fondations qui nous composent et de nous découvrir. Pourtant il nous faut requestionner nos envies, nos ambitions, nos façons de faire et nos environnements. Everything everywhere all at once emprunte aux célèbres religions polythéistes avec son affiche rappelant les croyances bouddhiques : le film nous invite à nous réincarner et tenter de ne plus chercher cet absolu accomplissement en vain, notre « nirvana » personnel ou notre bonheur est déjà autour et en nous, à nous de le trouver. Enfin, le film navigue entre politique, philosophie, spirituel et science-fiction, c’est un brouahah de genres cinématographiques, qui nous disent que peu importe le contrôle que vous pensez exercer et les croyances qui vous animent, la vie est souvent une série de hasards et que nous n’en sommes absolument pas au contrôle !

UN TROUBLANT VOYAGE VISUEL

Et bien sûr l’un des points phares du film est sa beauté cinématographique. Everything everywhere all at once a le privilège d’autant nous bousculer dans le fond que dans la forme. Les multiples personnages d’Evelyn présentés sous forme de fil spatio-temporel sont incroyables, tout comme les différents alter egos de Joy, les costumes et les montages qu’on peut qualifier de fous. Le film est un big bang existentiel et fourre-tout gracieux du cinéma avec des références assumées et des clins d’oeil faits à de nombreux films et cinéastes tel que le fameux cinéaste Wong Kar-Wai. Je pense aussi aux scènes du film Lion King (2020) dont la scène et la chanson « My Power » interprétée par Beyoncé, Nija, Busiswa, Tierra Whack et Yemi Alade, avec cette salle toute blanche et onirique qu’on retrouve dans le film. Mais je pense aussi au clip du tube planétaire barré qui nous a hantés des mois entiers « Turn down for what » de Dj Snake et Lil John, qui a été réalisé par les réalisateurs du film, on y retrouve clairement la patte de Les Daniels. Ou encore cette scène universelle mais surtout vus dans les anciens films de Kung Fu ou arts martiaux avec ce duo universel de maître/maîtresse/guide et de l’élève qui construit et s’affranchit.

Everything Everywhere All At Once est une croisade cinématographique réunissant les continents et les genres, à l’image de ses réalisateurs et de leurs inspirations. C’est visuellement absurde et réel, on jongle entre des mondes et dimensions extraterrestres, animées ou apocalyptiques avec avec créativité et beauté.

Pour conclure, Everything Everywhere All At Once est tout ce que son titre indique : c’est nous et moi, ce que vous pensez acquis et pensez connaître de vous mêmes et du monde, c’est l’ici maintenant et un futur inconnu qu’on accueillera comme on pourra. Le film sort en salles le 31 août, j’espère vous avoir donné envie.

Merci à Vicky, Christa et Trey pour la reco !

Lunaticharlie !

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4 commentaires sur “Everything everywhere all at once : une critique de l’absurdité conventionnelle qu’est la vie

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