Flee ou un voyage introspectif animé

Source : Google Images

Réalisé par Jonas Poher Rasmussen et primé à de nombreux festivals dont Sundance cette année, Flee est une de mes claques cinématographiques de cette année. L’ayant vu lors de mon stage, je me sens privilégiée de pouvoir écrire sur ce film que je vous encourage fortement à voir. Danois, suédois, norvégien et français, Flee mêle introspection, thérapie et surtout une histoire familiale bouleversante et dure. Une histoire qui fait d’ailleurs écho aux terribles et meurtrières traversées en mer de milliers/millions de migrants partout dans le monde . Je voudrais revenir sur quelques points du film qui je pense sont essentiels à sa compréhension.

UNE HISTOIRE MIGRATOIRE UNIQUE MAIS FINALEMENT PAS ISOLÉE

Flee c’est avant tout un film animé documentaire, avec au centre une famille d’origine afghane, prise au milieu de la guerre. Le personnage principal du film Amin, dernier de sa famille, se remémore sa vie et ses traumatismes. Aujourd’hui adulte, Amin à l’aide d’un ami journaliste, va au cours de séances d’entretien se replonger dans son passé plus que traumatisant. On découvre une famille bien installée, heureuse en Afghanistan, dans les années 80 devant du jour au lendemain fuir tout ce qu’elle connaît. Ici commence une longue traversée ainsi qu’un cauchemar constant pendant des années durant : la fuite, la survie, le manque de repères et de moyens, les courses poursuites, la xénophobie, la barrière de la langue, les moyens de fortune pour arriver en Europe et notamment au Danemark. Amin, ses sœurs et sa mère mettront plusieurs années à parcourir quelques milliers de kilomètres. Le film a un côté tranche de vie car la trame est chronologique et évolutive partant d’un Amin enfant que l’on voit grandir, nous racontant son histoire. Mais surtout le film rend hommage à toutes ses familles démantelées dans le monde, qui comme celle d’Amin, ont dû pour cause de guerre, instabilité politique ou un environnement socio-économique malsain ou inhumain, délaissées toute leur vie.

Source : Google Images

Flee m’a personnellement rappelé un autre film tout aussi incroyable, abordant le même sujet de l’immigration et prenant aussi place dans la même aire géographique : Persepolis (2007). Les conditions et contextes diffèrent mais les traumatismes et expériences se retrouvent. Dans les deux films on retrouve deux jeunes personnes prenant du recul sur leurs vies et leurs trajectoires, avec brutalité, empathie et honnêteté pour retranscrire tous leurs souvenirs dans des films à leurs manières.

LE DESSIN ANIMÉ POUR ADOUCIR LA DURETÉ SANS L’EFFACER

Source : Google Images

Le dessin animé vient souvent panser les durs moments d’une production, il enlève une part de la réalité, que l’on pourrait ressentir avec un film ou une série non animée. Mais les images animées ont aussi un effet inverse : elles peuvent amplifier l’histoire et/ou le récit. L’imaginaire, l’opacité du feutre ou l’irrégularité des traits des personnages ou objets rendent cette inconstance esthétique, rend beau ce qui l’était déjà. Et ce que j’ai ressenti en regardant Flee : j’ai vu un film animé réel, rendant justice à une histoire grandiose sans la dénaturer, avec justesse et beauté.

La force de Flee est aussi son graphisme, travaillé, fin et efficace. Jouant sur le célèbre effet de la rotoscopie, le film est à mi-chemin entre le réel et le dessin animé. Mais surtout les images et instants reproduits sont grâce à leurs couleurs et esthétisme, agréables, venant sublimer l’histoire et les moments tragiques et tendus. On ne s’ennuie pas une seconde, les images de Flee flirtent avec le naturel comme les scènes à la campagne dans la nature avec Amin et son compagnon ou l’incroyable scène sur le bateau au Danemark, où il est difficile de ne rien ressentir tellement l’immensité du paquebot est réaliste, tout comme la stupeur et la tristesse de la scène.

LA DÉCOUVERTE DE SA SEXUALITÉ À TRAVERS DES TRAUMAS

Enfin, Flee est également la trouvaille voire les retrouvailles d’Amin avec ses convictions et son orientation sexuelle. Au travers de cette course pour la vie durant son enfance et son adolescence, Amin a dû mettre de côté une part de lui-même, qu’il savait en lui depuis tout petit. Allongé sur son tapis ou assis, on voit Amin faire face à ses désirs, ses coups de cœur et ses sentiments souvent enfuis car impossibles à explorer quand la vie est en permanence instable. Le film montre l’évolution physique mais aussi psychologique d’Amin, les relations qu’il entretient avec sa famille, ses sœurs et surtout son frère. Aujourd’hui épanoui et en paix avec lui même, le jeune homme aura mis des décennies pour se trouver et s’accepter pleinement. Ses témoignages rendent audibles ses pensées et le chemin intérieur qu’il a parcouru. On plonge dans son regard avec candeur et parfois stupeur. En fin de film, enfin arrivé chez son grand frère en Suède, entouré de ses frères et sœurs, Amin fera son « coming-out ».

Effrayé mais libéré, Amin est emmené par son frère dans un endroit inconnu en pleine nuit. Lorsque la tension est à son comble (elle l’était aussi dans la salle de projection), le frère d’Amin lui donne quelques billets et le laisse entrer dans une boîte de nuit gay. Aussi touchante qu’impressionnante, cette scène clôture le film, un film fort en émotions, peur et rebondissements, où les enjeux politiques côtoient l’émotionnel et l’incroyable.

CONCLUSION

Vous l’avez bien compris, je vous invite vite à voir ce bijou cinématographique, qui prend aux tripes et vous plonge intensément dans l’histoire d’Amin mais indirectement dans celles de milliers d’individus partout dans le monde, sujets à la migration de force ou l’apatride, forcés à se reconstruire et ainsi se découvrir entièrement après avoir guéri ou pas de leurs traumas.

Lunaticharlie

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