Les symboles et limites des fictions « adulescentes »

Les sagas littéraires puis cinématographiques des années 2000 et 2010 ont marqué énormément de jeunes adolescents. Entre dystopie, magie, transhumanisme et nouvel ordre mondial, ces sagas telles qu’Harry Potter ou encore Divergente mettent en leur centre des jeunes adultes ou adolescents. Ces jeunes issus de diverses classes sociales et cultures représentent dans ces fictions une nouvelle génération voire une nouvelle humanité. Dans cet article, après maints visionnages de ces sagas durant ces dix dernières articles, j’essaierai d’analyser ce « sacrifice » générationnel en prenant exemple sur les films Harry Potter, Divergente, Hunger Games, Le Labyrinthe et les séries Netflix The Society et 3%.

LA PRÉPARATION ET MISE EN QUARANTAINE

Les dispositions inhérentes à toutes ces oeuvres cinématographiques sont l’enfermement voire la quarantaine et leur préparation par des adultes, des gourous confirmés. Le monde et l’humanité seraient sur le point d’être exterminés ou à la merci d’une menace surnaturelle ou non-humaine et donc la croyance en une nouvelle génération, une nouvelle humanité est indispensable. Dans Harry Potter, le château de Poudlard est une forteresse de par son architecture mais aussi pour ses capacités magiques servant à défendre les élèves. Dans le Labyrinthe 1, les premiers « observés » sont livrés à eux-mêmes, dans un immense jardin. Comme des chasseurs-cueilleurs ils cultivent, ils s’auto-organisent et apprennent à construire des bases sociales et politiques pour pouvoir vivre en symbiose et surtout en communauté. Le Labyrinthe les entourant est érigé comme étant leur seul rempart face à un nouveau monde inconnu. L’enfermement souvent forcé est vu comme bénéfique. Ces jeunes sont s’habituent les uns aux autres et ils grandissent loin de leurs parents ou de façon alternée.

On voit d’ailleurs se dessiner deux types de catégories parmi ces oeuvres : dans les films Labyrinthe et la série The Society, les adultes ont abandonné le navire et les jeunes sont livrés à eux-mêmes. Les jeunes sont sacrifiés, se ré-approprient l’environnement naturel, souvent hostile. Ils sont tout simplement des cobayes ou forcés à faire ces épreuves. Dans une autre catégorie, il y a des jeunes préparés par leurs parents, ce qui est peut être même plus grave. Les enfants grandissent en connaissant ce qui les attend et avec la peur ou l’envie d’être élu(e)s ou admissibles pour des épreuves inhumaines. C’est le cas dans Hunger Games ou encore Divergente et 3%, des fictions très portées sur la technologie, la méritocratie et le statut social. Leur apprentissage et leurs leçons peuvent être vus comme des métaphores : soit ils se conforment, soit ils sont bannis. En dehors du cloisonnement, apparait la sphère psychologique avec des classifications se basant sur des personnalités.

LES INFAILLIBLES CLANS TOTÉMIQUES ET CASTES SOCIALES

Comme expliqué dans l’article sur Night Shyamalan, en communauté surtout forcée, les individualités s’entremêlent difficilement, encore moins avec des enfants ou adolescents toujours en quête de construction morale et psychique. Pour m’aider dans cette analyse, j’ai décidé de me baser sur les écrits du grand spécialiste et pionnier de la question du totémisme par l’anthropologue américain Franz Boas. L’anthropologue comme beaucoup d’ethnologues et anthropologues de son époque et américains, envisageait le totémisme comme un moyen de se distinguer socialement et culturellement, je cite : « Le totémisme se caractérise fondamentalement par l’association entre différents types d’activités ethniques et l’exogamie ou l’endogamie », il vaut donc comme classification« . Ces fictions déterminent des classements et différenciations visant à réunir ces jeunes selon leurs visions des choses, leur sens moral et avant tout, leurs capacités physiques.

Cette dénomination caricaturale en terme de personnalités ou rôles, peut faire référence aux sociétés mécaniques : le chef/l’élu (décisionnaire), les chasseurs, les guerriers, l’érudit/l’éclairé (l’intello). Une échelle sociale presque naturelle doit se mettre en place afin que l’ordre règne et que les égos puissent co exister. Cette spécificité est visible dans Harry Potter avec les 4 maisons de sorciers principales toutes représentées par un animal (totem) : Gryffondor, Pousouffle, Serdaigle et Serpentard. Dans Divergente on retrouve les 5 factions (Audacieux, Erudits, Altruistes, Fraternels et Sincères) qui subdivisent les personnalités de ces jeunes dans des castes sociales ou encore dans Hunger Games qui en plus des 12 classes pré-établies, les jeunes choisis doivent performer pour atteindre ou dépasser leur statut social initial. Ces clans et factions basés sur des valeurs et normes différentes sont peut être un clin d’oeil aux classes sociales actuelles, si donner qu’elles existent. Mais les différences raciales/ethniques sont peu voire pas présentes. Dans Hunger Games on entrevoit quand même que les districts les plus pauvres sont très mixtes et plus on monte l’échelle socio-économique et plus les habitants sont clairs de peau et la vie, beaucoup plus simple.

DES ÉPREUVES COMME RITES DE PASSAGE IMPOSÉS

Les épreuves imposées à ces jeunes dans des mondes apocalyptiques ou multi-dimensionnels sont de l’ordre de l’essentiel. Mais surtout ces épreuves ont une symbolique anthropologique et politique/militaire. Comme l’explique l’anthropologue Van Gennep, pionnier de la question du rite de passage, les épreuves auxquelles sont confrontés ces personnages devraient les préparer au monde d’après, le monde des adultes. Que ce soit à travers la mort, les histoires d’amour mouvementées, la découverte de soi-même et surtout la guerre, ces multiples catégories émotionnelles et physiques sont érigées comme indissociables de la vie d’un être humain je cite :

 » Selon Arnold van Gennep3, le rite de passage se déroule le plus souvent en trois étapes :

  • la séparation (l’individu est isolé du groupe) ;
  • la marge appelée aussi phase de marginalisation, liminaire ou encore liminarité (moment où s’effectue l’efficacité du rituel, à l’écart du groupe, avec souvent des rites d’inversion) ;
  • l’agrégation appelée aussi phase de réintégration ou postliminaire (retour dans le groupe).

Selon un point de vue psychologique, les trois étapes peuvent être interprétées de la façon suivante :

  • la séparation de l’individu vis-à-vis du groupe et de la situation antérieure équivaut à une mort symbolique ;
  • la mise en marge représente une sorte de gestation symbolique ;
  • la réintégration de l’individu dans le groupe et dans une nouvelle situation sociale constitue une renaissance symbolique pour le sujet2.

Ces trois étapes du rite de passage peuvent également être interprétées telles que :

  • la crise 
  • la fin 
  • la renaissance.« 

Ici encore, l’adolescence (qui sociologiquement s’étend de 12 à 25 ans voire même 30 ans), est perçue comme un long moment d’instabilité biologique et sociologique dans la vie d’un être humain. Dans ces fictions les transformations de l’adolescence sont matériellement transformées en des étapes corporelles et cognitivement mortelles.

On ne prépare pas seulement les futurs adultes et leaders de demain, mais aussi des soldats, qui doivent répondre à l’appel de ces nations et factions en proie à préserver l’honneur, les valeurs et le culte érigé de ces épreuves comme essentielles au lien social. À travers la mort, les choix sacrificiels pour que le groupe avance et les tactiques militaires souvent impitoyables, ces jeunes prennent des décisions non seulement pour leur survie mais celles des autres et des futures générations. Leurs épreuves viennent personnifier le réel passage du monde des enfants au monde des adultes. En aparté, des élus et leaders apparaissent. En héros ou héroïnes parfaites, ces mêmes élus comme prédestiner à guider le groupe, ont avant été en contact avec les personnes tirant les ficelles. De Wickd dans la saga Labyrinthe pour qui Thomas auparavant travaillait, à 3% où plusieurs personnages principaux de la Causa comme Marco Alvarez ont des liens de parenté avec les leaders de l’Offshore. Mais comme pour contrer le système mis en place, ces élus d’abord envoyés et manipulés sont saisis par une volonté d’abolir les règles de leur monde totalitaire. Pris entre le passé et le futur, ils sont perçus comme des êtres hybrides pouvant faire pencher la balance pour le bien.

ENFIN Une seule PARTIE de l’HUMANITÉ EST DÉPEINTE

Des points importants sont à relever : ces franchises fantastiques et surtout futuristes prennent souvent place en Occident ou dans des pays au nord de l’hémisphère. Ce qui vient quand même effacer plus de la moitié de l’humanité et vient prouver un ethnocentrisme de la part de l’industrie cinématographique américaine et anglaise et tout simplement européenne. Ce nombrilisme est visible ne serait-ce que sur le plan de la technologie comme si elle n’a pas lieu d’être autre part. Mais cet ethnocentrisme renvoie tout simplement aux fractures et disparités de plusieurs mondes notamment entre pays du Sud et du Nord. Cependant dans la culture populaire, les comics même si souvent dominés par des personnages blancs américains ou les mangas/animés mettent tant bien que mal depuis des décennies (fictifs), des personnages autres qu’occidentaux.

La série brésilienne 3% vient peut être resserrer la frontière. L’ayant fini l’été dernier, 3% mérite d’être plus connue car elle caricature la société brésilienne très racialement organisée et où pourtant les habitants sont presque plus ou moins métisses/métissés. 3% fait l’autopsie d’un Brésil où l’insécurité (du moins dans les grandes villes) tout comme la pauvreté règnent et où ta place pour une vie meilleure doit se mériter. On parle bien d’un faux « nivellement par le haut », d’endogamie, surtout d’eugénisme et bien sûr de racisme. On voit très bien les différences de traitement entre les personnages foncés et clairs qui ne subissent pas les mêmes sorts et ne passent pas par les mêmes chemins pour pourtant arriver à la même chose : d’abord gagner sa place et puis abolir les inégalités de ce monde où les classes moyennes n’existent pas et où on passe des très très riches aux bidonvilles en un vaisseau. 3% ou même Le Labyrinthe soulignent surtout la victoire du matérialisme, de l’intelligence artificielle, de l’identité virtuelle comme source de monnaie et de biens d’échange et du capitalisme.

Au final, la popularité de ces 6 oeuvres au près de la jeunesse surtout européenne n’est pas anodine. Elles qui prennent souvent place dans un futur proche critiquent déjà le présent et nous questionnent sur un futur monde humain où les individus sont encore plus divisés, rangés et craignants son proche voisin. Dans le futur, on fait alors appel aux règles sociales du passé (Préhistoire et Antiquité), le présent n’est à peine discuté car sûrement trop instable, on doit faire mieux et préserver ce qui nous reste afin de créer une monde « meilleur ».

Lunaticharlie.

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