La série Hightown : micro focus sur le problème du trafic et de la consommation de drogue aux USA

Image de la série. Source : Google Images

La série américaine Hightown débute en mai 2020 sur la chaîne STARZ. Totalement en accord avec les histoires propulsées par la chaîne, Hightown est une série noire, qu’on peut qualifier de polar et/ou policier mais surtout dramatique et réaliste. La série est produite par Rebecca Cutter et par le très célèbre Jerry Bruckheimer (Les Experts, la trilogie Bad Boys ou encore Top Gun). Hightown prend place dans le Nord Est des Etats Unis (dans la banlieue de Boston) à P-Town (Provincetown). La série relate avec simplicité et une part de fantasy, le trafic de drogue au sein de cette station balnéaire.

PETIT TOPO

Jackie Quinones (jouée par l’actrice Monica Raymund) est une agent des gardes côtes de Cap God et Provincetown. Jeune, intrépide et à la vie sexuelle « libertaire », on rentre très vite dans sa vie qui est plus que chaotique. Jackie est par la même occasion lesbienne et fière. Elle est d’ailleurs très connue dans la petite ville au près des lieux évènementiels LGBTQ+. Il se trouve que Provincetown est un terreau de la communauté LGBTQ+, qui s’y retrouve annuellement pour faire la fête. Une fois par an, la petite ville du littoral de la côte Nord Est, se transforme en véritable boîte de nuit à ciel ouvert. Jackie est une grande fêtarde, s’imposant peu voire pas de limites. La garde maritime est peu entourée et assez solitaire. Son lieutenant (joué par Michael Mulheren) lui sert de guide et mentor, la ramassant souvent à la petite cuillère, lorsqu’elle dérape. Jackie est parallèlement une accro à la drogue, sous toutes ses formes. Son personnage de grande gueule en porcelaine, est tout à fait inédit. La série commence réellement après la découverte du cadavre de Sherry Henry (jouée par Masha King), tuée froidement par des trafiquants de drogue.

Les raisons de sa mort sont découvertes au fur et à mesure de la série. Et ce, principalement par Jackie.

UN TRAFIC DE DROGUE À PETITE ÉCHELLE POUR UNE PORTÉE PLANÉTAIRE

Source : Google Images

L’image choisie est tout aussi ironique que triste. On constate que les 3 personnages en arrière plan (tous les 3 issues de minorités), sont au final les maîtres chanteurs de la série. Ce qui relie tous les personnages de la série est définitivement la drogue : de son addiction à son trafic. Le lieutenant Ray Abruzzo (joué par l’acteur James Badge Dale), à gauche de Jackie sur l’image, est un le lieutenant de police de la ville, un homme dans sa quarantaine, adepte d’un club de strip tease hétéro, peu fréquenté. Il est chargé de l’affaire du meurtre de Sherry King (jouée par Masha King). Le lieutenant se retrouve en fin de compte piégé par ses propres désirs d’homme seul et égoïste. Son bras droit Allan Saintille (joué par Dohn Norwood) se retrouve tant bien que mal, à diriger l’enquête. Entre magouilles et égos, le meurtre principal laisse la place à un tableau macabre et à une filiation de meurtres, dans la petite ville de P-Town.

Provincetown tout comme Ibiza, Saint Tropez ou autres stations balnéaires internationales, est sur le papier et surtout en journée, belle, chaleureuse et festive. Mais le soir, d’autres acteurs et actrices jouent d’autres rôles. Il n’est pas incroyable de dire que la drogue est librement présente dans les sphères de la jet set et des classes aisées mondiales. Provincetown n’échappe pas à la règle. Dans Hightown, comme illustrer dans l’excellent film American Gangster (2007), les personnes de couleur donc noires et latines contrôlent le trafic de drogue de la région. Dans la série, ce ne sont pas les riches qui meurent de la drogue ou à cause de la drogue, mais des jeunes personnes, de couleurs mais aussi blanches. Le fil conducteur de la série retrace le tableau presque sociologique de la ville de Provincetown. Et comme dans beaucoup de cas, le patron, le baron du trafic est en prison. Le peu d’intérêt que porte la police à ce meurtre et au trafic, n’est pas anodin. Les séries policières américaines le montrent depuis des années : il est de plus en dur de faire face à un réseau de trafic de drogue nationalement voire internationalement généralisé. Mais dans la série, l’avancée de l’affaire tâtonne dû à un lieutenant embarqué dans les affaires personnelles et familiales du baron de la zone, Frankie Cuevas.Sr. Hightown nous met face à une part d’ombre des Etats Unis, où les victimes du trafic de drogue et l’imperméabilité de la police face à des réseaux sont ancrés dans les familles et acteurs locaux. La guerre contre les opioïdes aux Etats Unis est plus qu’actuelle.

Depuis sa prison, Frankie Cuevas est maître suprême de la ville. Le patron, un brin raciste et impitoyable, envoie ses disciples sur le terrain, gère sa vie de père et de famille tant bien que mal et par dessus tout, il est intouchable dans la prison où il réside. Jackie parviendra à recoller les pièces de l’assassinat de Sherry et des autres victimes de ce trafic, par elle-même. La série nous montre la psychanalyse de Jackie et son combat contre son addiction. Au lieu de finir comme une énième victime de la drogue, Jackie va combattre ses démons en essayant de trouver les responsables de cette vague macabre de jeunes morts. En cherchant les réponses des responsables du trafic de drogue, Jackie cherche aussi, quelque part, les responsables, en partie, de son addiction et de cet endormissement sociologique caractérisé par l’héroïne, la cocaïne et les opioïdes. La série révèle ainsi ce combat entre classes populaires et moyennes, car les riches ne meurent pas dans la série. Il s’agit toujours de ce phénomène de décimation au sein des mêmes classes sociales. Les acteurs vendant la drogue sont issus de minorités, les clients locaux sont souvent jeunes et avec peu de ressources, sous contrôle de la drogue et les forces de l’ordre locales ne sont pas à même d’agir sur ce réseau. Je vous invite d’ailleurs à regarder ce documentaire de l’émission de Canal + « l’Effet Papillon » datant de septembre 2017. (vous retrouverez plus de documentation en fin d’article).

Hightown est plus qu’une série policière, la série lie l’actualité et production télévisuelle. Il est de moins en moins rare de voir de nouvelles séries arriver sur nos écrans du type d’Hightown. On peut qualifier Hightown de série psycho-polar réaliste et presque documentaire. La série illumine par sa part de clarté et de violence tant psychologique que visuelle.

Dans cette ville de Provincetown, les plus pauvres et souvent les locaux sont les véritables victimes. Les touristes partent et reviennent pour assouvir leurs fantasmes saisonniers. Mais après leur départ, la vie reprend, une vie heurtée par la drogue, une jeunesse en proie à échapper ses réalités et une police locale presque endormie. Hightown comme Ozark (2017) ou P-Valley (2020) ou encore la série Euphoria (2019), des séries que j’ai vu et que je conseille aux moins sensibles, s’écarte de la série policière basique, où tout se résout comme par magie, mettant de côté les acteurs et les phénomènes macro et surtout micro des enjeux de chaque crime.

Au final, Hightown s’inscrit dans le monde actuel, accorde le premier rôle à une femme dans une série policière voire polar, deux genres très masculins. Enfin, Hightown met l’humain au coeur son histoire et surtout la série interroge certains dynamismes socio-économiques de nos sociétés « modernes ». Vous pouvez retrouver Hightown en France, sur Prime Video.

Lunaticharlie.

Je vous invite à lire cette enquête du génialissime magazine Times :

https://time.com/james-nachtwey-opioid-addiction-america/

Et aussi à lire (si vous êtes étudiants) ce texte de Patrick Raddif Keffe, pour une analyse universitaire du problème :

Héas, S. (2019). ‪Patrick ‪‪Radden Keefe‪‪, ‪‪Addiction sur ordonnance. ‪La crise des antidouleurs: Caen, C&F Éd., coll. Interventions, 2019, 101 pages. Questions de communication, 36(2), 365-367. https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.21839

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