Skate Kitchen/Betty : la lumière sur des jeunes femmes qui redéfinissent le skating new yorkais et ses enjeux

Le film Skate Kitchen sorti en 2018 et son adaptation télévisuelle de la chaîne HBO, Betty (2020), sont de grandes claques sociologiques et artistiques. Le film et la série ont été créés et réalisés par Crystal Moselle. Ils mettent en lumière un groupe de jeunes filles new yorkaises, passionnées par le skateboard et se confrontant à plusieurs barrières personnelles et sociales.

UNE PETITE MISE EN ABîME

Au fil d’un été, nous suivons Kurt/Kirt (jouée par Nina Moran), Janay (jouée Ardelia Lovelace), Ruby/Honeybear (jouée par Kabrina Adams) et Indigo (jouée par Ajani Russell). 3 des quatre jeunes femmes font du skate depuis des années. Toutes stylées et différentes à leur manière, les quatre filles se baladent dans la ville de New York, de façon libre. Mais leur point de chute comme tout bon skateur/skateuse est le skatepark. Même si cela fait des années qu’elles le fréquentent, le skatepark est un lieu à prédominance masculine. Et on le voit souvent tant dans le film que dans la série.

La série et le film ont peu de points de différence mais leur cristalliseur est sûrement la jeune skateuse Camille (jouée par Rachelle Vinberg). Camille aux allures boyish, est dans un premier temps un électron libre. Dans le film, elle vit chez sa mère et les deux femmes ne se supportent pas au début. Sa mère d’origine latino, considère peu le passe temps à roulette de sa fille. À côté du skate, Camille est travailleuse à temps partiel dans une supérette. Camille se révèle au sein du groupe de jeunes filles et s’attirent vite des problèmes, ne respectant pas les règles du groupe de jeunes skateuses.

LES ENJEUX ET LEÇONS DU FILM ET DE LA SÉRIE

Camille. Image : Google Images.

Skate Kitchen et Betty émettent tous les deux un message qu’on ne peut occulter : la solidarité féminine. Au delà de ça même, les deux oeuvres visuelles sont clairement féministes. Et de découvrir une nouvelle génération de jeunes femmes sûres d’elles et conscientes de ce qu’elles représentent, est plus que plaisant et rafraichissant. Le milieu du skate très masculin, a rarement été représenté sous l’angle féminin. Comme toute discipline sportive et créative, les femmes ont toujours pratiqué ce que les hommes faisaient, mais elles n’étaient jamais acceptées ou même tolérées. Skate Kitchen et Betty combattent ces clichés associés à la gente féminine. On découvre de jeunes filles assumant différentes féminités et sexualités. La série place le curseur sur des échanges humains parfois même gênant tellement ils peuvent être réalistes. Que ce soit entre filles ou avec des garçons, la parole est multiple mais le groupe de jeunes filles ne se laissent pas faire.

Dans les deux oeuvres visuelles, Camille trahira ses amies. Dans le film, en brisant l’ultime règle : sortir avec un ex à Janay et surtout en traînant en cachette avec ce même ex Devon (joué par Jaden Smith) et ses potes. Les potes que Camille a privilégié au détriment de sa bande de filles, sont les mêmes garçons qui fatiguent et embêtent les filles au skate park. Dans la série, Camille est aussi une outsider mais elle fait juste preuve de lâcheté. Elle s’intègre néanmoins au groupe. Skate Kitchen prime sur l’inclusion féminine et l’écoute. Mais le film donne la parole aux garçons et parfois même de manière inattendue. La scène amoureuse entre Devon et Camille m’a particulièrement étonné mais elle réveille les consciences. Dans les deux oeuvres visuelles, Camille tend à se faire accepter quitte à se bruler les ailes. Mais comme tout bon élève, elle parvient à se faire réinsérer. Car au final, en abandonnant ses soeurs pour les « ennemis », elle s’est retrouvée seule après avoir goûté au sentiment d’avoir une seconde famille.

La série Betty va plus loin que le film. L’un des moments phares et pourtant triste est sûrement la découverte par rapport au meilleur ami de Janay, Donald (joué par Caleb Ebernhardt) qui a abusé d’elle sexuellement. Ce même garçon a été démasqué par une autre skateuse, Yvette. La discussion d’explication entre les deux amis met en relief pleins de mécanismes liés à la perversion narcissique comme le gaslighting. On suit aussi les histoires d’amour de filles de la bande bi et lesbienne Kirt et Honeybear. Celle d’Honeybear est sujette à sa propre découverte sexuelle contre la peur et la pression familiale. Deux filles aux personnalités atypiques.

Au delà du féminisme, la série Betty émet des messages anti-racistes et stéréotypes notamment avec le personnage d’Indigo. Indigo novice en skate, se fera remarquer par une chercheuse de talent. Endettée, elle part faire une séance photo, où elle est confrontée à un directeur artistique noir complètement déjanté et tenant des propos déshumanisants et racistes à l’encontre des mannequins. Cette séquence est une piqure de rappel concernant l’industrie de la mode actuelle, une industrie peut inclusive et qui lorsqu’elle est, n’apprend jamais de ses erreurs passées et ne s’intéressent pas aux cultures et histoires de ses mannequins de couleur. En dehors cette séance photo nauséabonde, Indigo est totalement intégrée au groupe de skateuses mais elle reste une imposteuse. Elle n’assume pas le fait de vivre à Soho et d’être tout simplement très aisée. Tous les jours, elle traverse la ville, pour appartenir un groupe de filles cool, engagées et soudées. Elle est au final initiée au skate et se laisse emporter par cet art qu’est le skateboard et par son monde.

Le but final des deux oeuvres visuelles Skate Kitchen et Betty, est bien de faire prendre conscience que le skateboard n’a pas de chasse gardée et qu’aujourd’hui, le skateboard tout comme le football, n’est plus exclusivement relié à la gente masculine. Skate Kitchen et Betty lient esthétisme graphique, réalisme, style et philosophie. Les deux oeuvres révèlent un tournant majeur de nos sociétés et met l’accent sur le quotidien de jeunes femmes tentant de changer le monde à leur échelle et par leurs propres moyens. Un film et une série à voir rapidement.

Lunaticharlie.

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