The Farewell ou le fantôme des traditions

Le film américain de la réalisatrice sino-américaine Lulu Wang, sorti le 8 janvier 2020 en France et nommé au festival Sundance 2019 dans la catégorie dramatique, met en lumière sous le spectre de la tragédie, la vie de Billie (jouée par l’actrice Akwafina) partagée entre sa vie de jeune femme américaine et ses origines chinoises, qui voit son quotidien s’assombrir après une nouvelle bouleversante.

LE DEBUT

L’actrice Awkwafina dans le rôle de Billi

Le film commence par une conversation téléphonique entre Billi et sa grand mère Nai Nai. Les deux femmes très proches, sont séparées par l’océan: Billi est à New York et sa grand mère Nai Nai à Changchun en Chine. Billie, 30 ans vit seule à New York. Sans réelle ambition flagrante et quelque peu fauchée, sa vie professionnelle est en demi-teinte. Elle visite très souvent ses parents, habitant eux aussi à New York, arrivés en Amérique quelques années après la naissance de Billi. Un soir, après une énième visite chez ses parents, Billi est marquée par l’inquiétude qui se lit sur le visage de sa mère. Elle monte donc voir son père, qui lui apprend que Nai Nai est très malade d’un cancer et qui lui reste seulement quelques mois à vivre. Par la suite, les parents de Billi lui confient que sa grand-mère ne doit absolument pas savoir son état de santé. Sachant Billi émotive, ses parents la démotive à venir.

Suite à ça, les parents de Billi partent pour Changchun, passés du temps avec Nai Nai. Sans argent, attristée et malgré l’interdiction de visite de ses parents, Billi décide de rejoindre ses parents et sa famille en Chine. Arrivée à Changchun, la jeune femme déstabilise les plans familiaux de tout le monde. Arrivant chez sa grand mère, Billi est déjà déboussolée par le mensonge ambiant. De plus que pour saupoudrer le tout, sa famille a comme alibi de retrouvailles, le mariage du cousin de Billi, Hao Hao. Le poids du secret se lit sur Billi qui est la seule à vouloir tout révéler à sa grand-mère. Elle est une bombe à retardement qu’on doit désamorcer. Mais la culture prévaut sur la morale. Mais ici quelle culture?

LE CHOC COSMOLOGIQUE

The Farewell (l’adieu en français) dessine les frontières cosmologiques auxquelles est confrontée Billi. Lorsque la jeune femme arrive à Changchun, elle vient avec son autre bagage, l’Amérique. Quand ses parents lui ont déconseillé de venir, ils savaient ce qu’ils faisaient. Billi a beau avoir des origines et racines chinoises, elle a vécu pour une bonne partie de sa vie à New York. Lors d’une confrontation avec son oncle, celui-ci lui rappelle que la société chinoise est d’abord une société holiste et non individualiste. Autrement dit dans la société chinoise, le groupe prévaut avant l’individu et dans le cas du film, les problèmes d’une personne, sont portés par les autres donc par la famille. La révélation d’une maladie est trop lourde pour la personne malade, le fardeau revient donc à l’entourage. Tout le monde le fait et ce n’est pas la première fois qu’un membre de la famille est placé sous silence. La grand-mère de Billi, Nai Nai avait fait de même avec son mari décédé quelques années plus tôt. Lors d’une visite en catastrophe à l’hôpital de la grand-mère, Billi discute en anglais avec le médecin, ayant fait ses études en Angleterre. Le médecin annonce qu’il a lui même menti à un proche sur son état de santé et que cela est tout à fait courant. La science elle-même passe après l’éthique. Le mariage sert de catalyseur social, de béquille morale à la famille et surtout à la grand-mère qui revoit à nouveau Billi et toute sa famille, mais peut-être pour la dernière fois chose qu’elle ne sait pas.

The Farewell calqué sur un film nommé « What You Don’t Know » (2016) de la même réalisatrice, expose une facette de beaucoup d’individus partout dans le monde : des personnes d’origines tout simplement. Ayant grandi dans des pays occidentaux mais dans des foyers métissés, le choc culturel se fait sur le terrain, le pays d’origine et la réalité rattrape les lacunes. Une culture et ses valeurs ne se transmettent qu’entièrement même si une culture ne s’arrête jamais d’évoluer. Billi parle anglais et se débrouille en mandarin. Mais ses lacunes linguistiques sont rappelées pendant tout le film. Billi se rend compte qu’elle se sent bien à New York mais rien ne la retient d’y rester. Néanmoins le poids culturel et sociétal en Chine l’effraie. Elle est à mi-chemin entre deux mondes, deux grandes puissances culturelles qui se répondent et diffèrent. Aucun pays n’est meilleur que l’autre. En Amérique, elle est libre, invisible mais sans réel destin professionnel et futur tandis qu’en Chine, malgré la masse numérique, elle est exposée car américaine. On apprend à la fin du film que Nai Nai n’est finalement pas morte et que cela fait 6 ans qu’elle survit son diagnostic de cancer terminal. Le stress que la famille a supporté pendant quelques jours les a sûrement marqué et les marquera à jamais, ainsi que Billi.

The Farewell nous montre sur une note de drame familial, la complexité contenue dans une personne métissée, ici culturellement. Mal à l’aise dans deux mondes, c’est à se demander, où trouver réellement sa place, pas à moitié mais à 100% sans se renier et se trahir. Le film va au-delà de la maladie et au-delà de Billi, ils opposent deux univers distincts sans échelle de mesure. Enfin, le choix de l’actrice principale Awkwafina pour jouer Billi rend ce sentiment de partage plus que réaliste car l’actrice est née new-yorkaise et est d’origine chinoise et sud-coréenne.

Un clan bien soudé (photo pinterest)

Lunaticharlie.

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