Analyse du film Pixar « Soul » (2020)

Dévoilé le 25 décembre 2020, Soul devait initialement être diffusé sur les grands écrans. Tout comme le film Mulan (2020), la décision de la diffusion du film sur petits écrans résulte bien sûr de la pandémie du COVID-19 et de l’arrêt des industries culturelles.

Soul est réalisé par Pete Docter (Monstres & cie ou Là-Haut) et Kemps Powers, sous la maison de production Pixar. Le film est essentiellement diffusé et promu par Disney+. Soul a dès sa bande annonce suscité l’enthousiasme, surtout pour son histoire et casting mettant en avant un personnage noir américain, une première pour la maison Pixar. Néanmoins, on se rend compte que ce même personnage principal « meurt » très vite dès le début du film, ce qui peut être très violent et vient rappeler des stéréoytpes racialistes liés aux personnages noirs dans le cinéma, qui avaient pour habitude de mourir très vite. Cette découverte est plutôt décevante vu le marketing du film. Mais Soul reste tout de même un très bon film, qui mérite une analyse.

La redécouverte de sa propre vie

Joe Gardner joué par Jamie Foxx

Joe Gardner est un professeur de collège de musique et de jazz . Entre monotonie quotidienne et rêves inaccomplis, à la croisée de la vie et la mort, Soul nous amène à nous questionner une nouvelle fois sur notre soi-disant destinée et sur le but primaire de nos vies. L’opportunité de la vie de Joe est stoppée par sa mort soudaine. Depuis là haut, le quarantenaire Joe Gardner se redécouvre et revoit les moments phares de sa vie.

Là haut, Joe est une âme adulte, devant aider une nouvelle âme à trouver sa place sur Terre. Faire transparaître sur des âmes pas encore formées, le besoin de se connaître est un énième message critique du film envers une société où tout doit pousser l’individu et les enfants vers un chemin professionnel, tout tracé. Au final, les plans bâtis sur plusieurs années de travail et d’étude ne sont pas forcément signes de prospérité et réussite. Ils signifient sûrement une conformité sociale. Soul remet au centre l’importance de s’aimer soi-même. L’individu est un être social en perpétuel mouvement et changement. Ce qui le définissait hier ne le sera plus demain. Entre classicisme et pression sociale, d’ailleurs tous les deux personnifiés par deux femmes noires, la mère de Joe, Libba (jouée par Phylicia Rashad) et la saxophoniste Dorothea Williams (jouée par Angela Bassett). Intransigeantes mais bienveillantes les deux femmes se veulent les guides terrestres de Joe. Soul balaie les cases socio-économiques qui devraient faire de nous des personnes heureuses et complètes.

Pendant ce voyage céleste et mystique mouvementé, Joe Gardner a repris goût à la vie et s’est détaché de course à la gloire et l’égocentrisme. Enfin le film réintègre le pouvoir des enfants. Par leur sincérité et audace, les enfants sont parfois plus lucides que l’on ne veut le croire et voit le monde autrement, parfois avec plus de véracité et lumière. La quête initiatique de 22 accompagné par Joe, a permis au pianiste de se reconnecter et d’aller de l’avant.

Le multiple monde astral

Source : Google Images

Qui dit soul (âme en français) implique forcément l’immanent et le monde invisible et surnaturel. La particularité du film est qu’il navigue entre ces deux mondes, le fantastique qui serait « l’irruption brutale du surnaturel dans le réel » et le surnaturel qui « postule l’existence d’un monde invisible à côté du monde visible. Il relève d’une croyance religieuse ou mystique« . (cf. études littéraires). Dans le film, la spiritualité qui complète mais diffère de la religion, régit notre monde et nous pousse à comprendre notre place en tant qu’entité physique et métaphysique comme l’Homme questionne le Soleil ou sa propre existence. Dans Soul, les âmes et leur importance sont fondamentales. Nos personnalités et caractères sont revus et redéfinis. Ainsi le film remet au goût du jour le clivage ancestral de l’inné et de l’acquis : il est certain que la société nous façonnent et nous transforment (socialisation) mais une partie de nous subsiste, cette étoile ou étincelle en nous, qui nous distance des autres et fait de nous des individus. Dans Soul, l’au delà est vu comme un endroit méritocratique, symbolisé par trois zones : le grand avant, le grand après et la zone. Le « grand avant » regroupe ces âmes nouvelles qui doivent se conformer et trouver leur place avant d’être envoyées sur Terre. Si une âme ne rentre pas dans une case, elle restera dans le grand avant.

Cet aspect est à la fois purement capitaliste mais aussi pédagogique car ces âmes sont instruites par des âmes d’adultes soient décédés ou entre la vie et la mort. Ce passage initiatique est plutôt intéressant quoique inégalitaire car qui pourrait se permettre de jauger la légitimité d’une âme sur Terre. Néanmoins, Soul a réussi le pari de conjuguer le surnaturel et la technologie. Le monde astral est digne d’un livre d’Octavia Butler : ces petits êtres bleus sont signes par leur couleur, d’une humanité sur le plan physique mais d’une étrangeté non terrienne. Ainsi, le bleu représente symobliquement la sagesse ou encore le détachement de l’âme. Les passages multi dimensionnels sont à mi-chemin entre l’au delà et l’espace, où aucune règle technologique existe et qui sont gardés par des entités polymorphes et omnipotentes. Ces mêmes êtres restaurent le bon déroulement des vies teriennes et spirituelles, comme des anges gardiens. Personnellement, le meilleur endroit reste « la zone ».

La « zone » est un endroit parallèle au monde humain et spirituel, où les esprits d’humains sont représentés grâce à leurs transes passionnelle positives (en jouant de la musique par exemple) ou négatives (obsession toxique) . La « zone » par ses couleurs violette et mauve, rappelle d’autres oeuvres cinématographiques où le monde réel et surnaturel coexistent et se répondent : Black Panther, Lovely Bones ou encore The Burial of Kojo. Le violet symbolise d’ailleurs la mort, l’esprit et la spiritualité. Cette représentation de cet entre au-delà onirique est récurrente dans le monde du cinéma et laisse entrevoir une uniformisation de ce que pourrait être une matérialisation spatiale de nos inconscients et subconscients, ces endroits neurologiques qui ouvrent des portes psychiques de nos cerveaux.

La beauté du film, son réalisme et ses clins d’oeil

Source : Google Images

Enfin Pixar vient encore nous prouver qu’ils ne font jamais les choses à moitié en terme d’animation et graphisme. Soul a réussi à retranscrire un semblant de réalisme des personnages noirs du film. De la variété des traits du visages à la texture du cheveu crépu, on a jamais été aussi proche du réel. Le film célèbre Joe Gardner et son appartenance à la communauté afro-américaine. L’accent mis sur le cocon social de l’expérience du salon de coiffure/barber shop afro est plus qu’important. Ces deux endroits nous subliment physiquement mais aussi socialement et culturellement.

Peu de films animés ne peuvent faire ressentir l’atmosphère new yorkaise comme j’ai pu moi même la ressentir, comme le film. La jungle de béton de New York est aussi stressante qu’inspirante. Des paysages et bâtiments aux inconnus très stylés remplissant la ville et surtout obnibulés par leurs écrans, Soul veut ériger la beauté du monde urbain qui nous entoure dans une ville où chaque mètre carré et chaque bulle sociale compte. Ici encore, il faut à nouveau souligner l’esthétisme du monde astral. Le grand avant et le grand après sont des zones magiques et magnifiques. Le grand avant m’a immédiatement fait penser à plusieurs autres contes Disney tels que Atlantide et surtout Hercules.

Les gardiens polyformes et omniscients phosphorescents ont quelque chose de proches du style artistique de l’art déco. Leurs visages découpés et désarticulés se rapprochent aussi du monde de la science fiction et du futurisme. Personnellement, ils m’ont rappelé les muses et les dieux et déesses dans le film Hercules. Entre Grèce antique et une atmosphère kitsch, le grand avant a tout d’un royaume paisible et fantastique.

Soul est une vraie expérience visuelle avec un beau message. Le film peut d’abord s’adresser aux enfants en les prévenant mais il a tout de même comme but de réveiller les adultes, en leur rappelant une chose essentielle : de vivre librement et être en paix avec soi-même.

Lunaticharlie.

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