« À toi appartient le regard (…) et la liaison infinie entre les choses » : retour sur l’exposition

L’exposition photographique et visuelle « À toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses », se tient au musée du Quai Branly depuis le 30 juin 2020. L’exposition se terminant le 1er novembre, une visite s’imposait. Avec plus d’une vingtaine d’artistes internationaux mis en avant, l’exposition est un bouillon de cultures et surtout de regards et vécus divers et métissés, exposés sous le prisme de la photo et de la vidéo.

LA PHOTOGRAPHIE ET LA VIDEO COMME OUTILS D’EXPRESSION

L’exposition s’articule en 5 parties distinctes, où chacune possède son espace et son thème: 1) l’image est-elle un coup d’oeil arrêté ? ; 2) se reconnaître dans une image ; 3) les images se pensent par elles-même ; 4) histoire des paysages et 5) passage dans le temps. Ces cinq parties permettent un cheminement visuel et intellectuel plus simple pour les visiteurs. Chacune des parties défend une problématique propre et amène les visiteurs à poser un regard sur ce qu’ils voient en fonction du titre de la partie. Les artistes exposés, provenant des quatre coins du monde, nous offrent un panel de photos et vidéos toutes aussi complexes que simples. Le thème qui revient au cours de ce parcours muséal est la décolonisation et surtout la post-colonisation. Du Cameroun au Mexique à l’Egypte, l’exposition incite à repenser le monde et ses symboliques culturelles, souvent prises pour acquis. Le monde et les humains bougent tout comme nos normes et principes. Les normes et règles sociales d’hier empiètent sur celles d’aujourd’hui. Les artistes exposés ont toutes et tous une histoire à raconter et leurs photographies et vidéos rendent visibles des objets et personnes réels du présent et du passé et qui questionnent nos futurs.

D’entrée, les visiteurs font face à une multitude d’images exposant les différentes expressions faciales d’un homme noir, qui est en réalité le photographe camerounais, centrafricain et français Samuel Fosso. On retrouve ainsi d’autres images du photographe dans la partie 2 de l’exposition, où Samuel Fosso pour la série « African Spirits » (2008) se déguise en personnalités politiques panafricaines et afro-américaines phares du XXème siècle. Les photos de Samuel Fosso tranchent avec les a priori visuels qui collent aux hommes noirs et surtout africains. Le photographe se prend comme modèle, , en se ré-appropriant son corps et son image et s’essayant à des jeux de rôles, pour donner des images presque théâtrales. Nous retrouvons aussi les images presque d’époque mais datant de 2013, issue du projet « A Monumental Tour » (2013), du photographe sud-coréen Che Onejoon, qui grâce à ces images de monuments et bâtisses post coloniales d’Afrique Subsaharienne construites par des une main d’oeuvre sud-coréenne, l’artiste connecte les liens étroits économiques et culturels entre le soft power de la Corée du Nord et du Sud, sur le continent Africain

Dans la 3ème partie de l’exposition, nous retrouvons l’analyse anthropologique de l’artiste singapourien Ho Rui An. Dans cette salle sombre, peinte en rouge bordeaux est diffusé une vidéo conférence de l’artiste. Ho Rui An décortique un film classique du cinéma du XXème siècle, promouvant une vision impérialiste et discriminante des identités et personnes d’Asie de L’Est. Vous retrouverez aussi des questionnements environnementaux et écologiques, surtout dans la première partie de l’exposition, avec les photos de la photographe et vidéaste costaricienne Cinthya Soto. Dans sa série de photos nommée « Paysage (re)trouvé : à la recherche du paradis perdu », la photographe se joue des règles de la photographie de paysage, en fragmentant ou mettant en avant plusieurs angles de vue, ce qui permet de nous questionner sur le regard porté aux paysages notamment glaciers ou polaires, souvent des scènes photographiques statiques. La photographe donne vie à ces paysages grandioses.

Il y a aussi dans la 1ère partie, les images épurées et portraits du photographe mexicain José Luis Cuevas. Le photographe au travers de sa caméra, révèle des blessures et modifications physiques de personnes japonaises. Dans sa série photographique « A kind of chronic disease » (2017-2018), le photographe expose des transformations physiques dues à des maladies par exemple, qui vont à l’encontre des normes de beauté établies mais elles révèlent une histoire, souvent atypique, montrant la déviance sociale corporelle mais aussi les malaises sociaux liés à l’image, présents au pays du Soleil Levant. Enfin, la dernière photo est issue du projet « Imaginary trip II » (2018) de l’artiste congolaise Gosette Lubondo. L’artiste à travers ses photos de la vie quotidienne, réintègre les fantômes de possibles personnes ayant vécu dans des endroits abandonnés. Elle relie le passé et le présent sur les plans humain, architectural, mystique et artistique.

L’EXPOSITION ET SES ENJEUX

L’exposition met un point d’honneur à présenter ces oeuvres visuelles dans des conditions scénographiques plus qu’optimales. Dans un premier temps , le fait que cette exposition se tienne au musée du Quai Branly, est plus qu’innovant. Le musée qui a été et qui est souvent critiqué pour son tenant colonialiste, vient trancher avec les étiquettes qui lui collent souvent. Il faut avouer qu’en tant que visiteuse, le moment fût agréable et l’ambivalence entre l’atmosphère reposante et les images montrées, était détonante. Dans un deuxième temps, le point positif reste la mise en place des photos de chaque artiste, malgré une luminosité parfois faible. Chaque partie spatiale permet de rentrer dans un nouveau monde, qui diffère réellement du précédent. Et enfin, la pièce maîtresse sont surtout les fiches colorées mises à dispositions à côté des photos, présentant les artistes, leurs motivations visuelles et l’oeuvre.

L’exposition « À toi appartient le regard et (…) et la liaison infinie entre les choses » est innovante et n’impose aucunes règles. Les visiteurs sont libres d’interprétation car les motivations des photographes sont certes définies mais restent des oeuvres artistiques. Les 26 artistes, issus de milieux sociaux, culturels et économiques différents, arrivent à nous immerger dans ces brèches de l’histoire moderne de notre monde actuel. À mi chemin entre l’anthropologie visuelle et une galerie d’art, on ne ressort pas indemne.

L’exposition finit le 1er novembre, ne tardez pas :).

Lunaticharlie.

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