Mignonnes : analyse du film et retour sur le débat après séance avec Maïmouna Doucouré

Jeudi 13 août, grâce à mon stage de rédactrice web, j’ai eu l’opportunité d’assister à l’avant-première du film « Mignonnes » de la cinéaste française Maïmouna Doucouré. Dans cette salle du cinéma Gaumont Parnasse, remplie de multiples influenceuses noires françaises et accompagnée de ma soeur, la séance fût drôle et tout de même dure.

MIGNONNES : PLUS QU’UN FILM, UNE EXPÉRIENCE SENSORIELLE

Le film Mignonnes va plus loin que le court métrage « Maman » pour lequel la jeune cinéaste Maïmouna Doucouré avait remporté d’ailleurs un César en 2017. Mignonnes déjà pluri récompensé par les festivals internationaux, raconte l’histoire d’une jeune fille de 11 ans, Amy, vivant dans le 19ème arrondissement. Amy est une jeune fille très introvertie, soeur aînée de 3 frères et soeurs. Avec sa famille, elle vient d’aménager dans ce foyer multiculturel, regroupant principalement des familles monoparentales, avec des mères seules. Accueillie par la tante de la mère d’Amy, la jeune fille apprend très vite que son père resté au Sénégal, reviendra avec une nouvelle femme.

Nouveau collège, nouvelle élève Amy s’immisce timidement dans le décor de ce nouvel environnement. Dès son premier jour, elle remarque ce groupe de filles, les Mignonnes. Habillées de manière légère, elles paraissent plus vieilles que leur âge initial. Ce groupe de quatre filles de danseuses amatrices accueille difficilement la jeune fille. Mais elles finissent par faire les 400 coups ensemble. Le film prend une tournure aussi lugubre que la vie d’Amy. En voulant fuir sa vie domestique et les problèmes de famille, Amy va au cours du film se laisser oeuvrer par la perte d’identité. Découverte sexuelle et biologique, disputes et tensions sociales et anomie, le film Mignonnes condense des mésaventures fortes.

MESSAGES DU FILM ET DÉBAT POST SÉANCE

Pendant le film, beaucoup de scènes très dures sont visibles à l’écran, des scènes qui ont néanmoins beaucoup fait rire le public. Après la séance, Maïmouna Doucouré et une partie principale du casting du film est venue répondre aux questions du public présent. Un public d’influenceuses, journalistes, critiques ou tout simplement d’intéressé(e)s. Bien sûr la majorité des questions tournent autour de l’hypersexualité très visible dans le film. La réalisatrice explique ce choix qui a énormément choqué. Voir ces filles de 11 ans se mouvoir et adopter des gestuelles et attitudes ne collant absolument pas avec leur âge, a été très dérangeant. Certes. La réalisatrice répond donc aux questions en expliquant que le film reflétait la société actuelle. En effet, la réalisatrice s’est renseignée au près des jeunes actrices du film et au près d’autres jeunes filles et leurs pratiques audiovisuelles et sociologiques. Entre remarques psychologiques sur la perte d’identité d’une jeune fille, se réfugiant dans l’hypersexualisation à laquelle la majorité des adolescent(e)s des années 90-2000-2010 ont grandi, peu de questions ont tourné autour d’un facteur majeur : la dépression d’Amy.

Dans un premier temps, il a été peu soulevé dans ces échanges, de la part du spectre magico-religieux présent dans le film. Entre illusions prémonitoires symbolisant les changements physiques et les troubles inconscients d’Amy, les scènes d’exorcisme de la jeune fille suite à cette déroute sociale. Dans un deuxième temps, il faut tout de même rappeler que cette jeune fille Amy apprend dans le film que son père va ramener une deuxième femme dans sa maison et qu’elle va donc vivre dans un foyer polygame. Il n’y a eu aucune discussion parentale, ni aucun pré-avis. Elle a dû fatalement accepter cette décision. Le pire reste que sa mère, sûrement déprimée, est résignée sous le coup de la tradition. Une mère tout de même combattive et consciente de la situation, mais résignée. Elle n’a peut être pas le luxe d’exprimer sa colère comme sa fille aînée. L’une des parties les plus solaires du film reste l’appel d’un imam pour libérer Amy de cet esprit qui « l’habite ». L’imam lui même expliquera à la mère et à la tante que la jeune fille n’a aucun problème spirituel ou mystique. Le fait qu’une figure religieuse elle même comprenne la détresse psychologique voire psychiatrique de la jeune fille, est révélateur sur un tabou très présent dans les familles et cultures africaines. L’omission de la sphère psychologique. Être en dépression, être atteint(e) de troubles mentaux, tout ce qui touche à l’humeur et la déviance mentale n’a pas sa place. Il faut être fort(e), assumer le poids des idéologies et leurs conséquences. La représentation audiovisuelle de personnes noires parlant de problèmes psychologiques est très récente en Occident. Maïmouna Doucouré a d’ailleurs évoqué un mot répandu en Afrique de l’ouest, « mougn » qui atteste de la pression psychologique que les femmes supportent. La perte identitaire d’Amy se manifeste peut être de manière explosive, mais son impolitesse, ses problèmes scolaires et sociaux restent des réponses inconscientes à cette situation.

À la fin des questions débats, une femme de la même origine et religion (musulmane) que la réalisatrice a exprimé la claque que le film lui a mise. Avec son court témoignage personnel vis à vis de sa perception des dogmes de l’Islam envers les femmes dont elle a pris conscience à la Mecque, la jeune spectatrice a mis le doigt sur ce ressenti dont j’attendais la mise en lumière. Amy jeune fille de 11 ans voit sa vie bouleversée par des traditions qu’elle ne connait pas, dont certaines l’emprisonnent déjà pour son jeune âge. S’entourer de ces jeunes filles, les Mignonnes, lui a quelque part permis de comprendre que sa place n’était pas de subir cette situation familiale, conjugale et traditionnelle. Il ne s’agit pas ici de critiquer l’Islam ni les traditions sénégalaises, il s’agit de comprendre qu’en France, en pleine capitale, il peut s’avérer très violent pour une jeune fille culturellement métissée d’affronter et accepter un bouleversement familial. Amy est désoeuvrée et adopte des comportements déviants comme l’exhibitionnisme. Elle passe d’un extrême comportemental à un autre, en à peine quelques semaines.

En fin de film, c’est avec soulagement que la mère d’Amy sort enfin de son endormie psychique et réconforte sa fille. Elle lui rappelle ainsi qu’elle n’a pas à assister au deuxième mariage de son père. Mignonnes s’éloigne cinématographiquement de tout ce qui a pu être fait en France. Il s’éloigne des pré-requis et clichés. Il peut déranger, émouvoir ou énerver, mais reste que le film s’adresse implicitement à des personnes subissant le même quotidien. Maïmouna Doucouré avouera que Mignonnes est une réadaptation de sa propre vie. Si le cinéma existe pour fantasmer le réel, il doit aussi comme la peinture ou la musique, dépeindre la réalité. Et c’est chose faite.

Le film Mignonnes sort le 19 août prochain au cinéma.

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