Un article analytique du fantastique livre afrofuturiste, « Dawn », par Octavia E.Butler

Après des années d’hésitation, j’ai pendant le confinement commandé ce magnifique livre depuis les Etats Unis. L’attente fut longue mais le livre la vaut totalement. Dawn (crépuscule) écrit par la célèbre auteure de science fiction Octavia Butler en 1987, est une vraie expérience littéraire. C’est la première fois que je fais un article sur un livre et je voulais commencer avec un livre qui me parlait et Dawn est exactement le type de livre qui mérite toute mon attention. Dawn est un livre fondateur pour le genre afrofuturiste. J’ai fait l’effort de le lire en anglais pour ne pas perdre sa substance originelle.

Je vais suivre l’ordre des grands chapitres et finirai par une synthèse comme je le fais toujours. Bien sûr, il est plus intéressant d’avoir lu le livre avant de lire cet article. Et oui, ce sera long.

I. UN RÉSUME EXPLICATIF

Octavia Butler. Source Google Images

Le livre débute et nous découvrons une femme nommée Lilith Iyapo. Elle ne sait pas où elle est. Elle se remémore sa vie, qui elle est, ce qui lui antérieurement arrivée. Elle se souvient que la Terre a connu la guerre, qu’elle avait une famille, un mari et un fils. Lilith Iyapo est captive. Elle vient de se réveiller d’un long sommeil de près de 250 ans. Dans sa prison, elle est seule. Mais après quelques jours d’éveil, elle sera enfin en contact avec quelqu’un, un être, un extra terrestre Kahuguyaht. Cet être lui apprendra multitudes de choses sur son espèce extra terrestre les Oankali et que Lilith n’est pas sur Terre, mais sur un gigantesque vaisseau spatial, littéralement vivant. Lilith fait partie de cette expérience particulière, elle est comme élue par les Oankali. Sur Terre, la vie sauvage a repris ses droits. Lilith comprendra vite que le but des Oankali est de repeupler la Terre. Ils ont en leur vaisseau, plusieurs humains endormis, qu’ils réveilleront et apprendront à côtoyer les Oankali et comprendre le contexte de l’humanité.

Le livre fut un grand challenge de lecture car il mêle science fiction, thriller et dystopie. Le livre s’articule comme un fiction visuelle. Les parties s’enchainent de fait qu’on suive et lise le livre comme une série. Le vocabulaire employé est plus que soutenu et particulièrement axé sur l’autre, ce qui nous est inconnu. Je cherchais littéralement des mots de vocabulaire dans chaque page, ce qui enrichit la lecture et la complexifie.

II. ANALYSE

Je vais tenter de faire une analyse en reprenant les moments et passages les plus ubuesques et édifiants. Lilith, cette jeune femme noire de 28 ans se réveille dans un vaisseau spatial 250 ans après avoir été arrachée à sa Terre mère (homeworld en anglais). Elle est une extraterrestre pour les Oankali, même s’ils ont appris et étudié les humains de près. La premier chapitre du livre m’a rappelé de multiples fictions et livres de science fiction. Mais surtout la trilogie de livres Wayward Pines. Les Oankali, ces extraterrestres à mi chemin entre l’étrangeté la plus totale de l’espèce humaine, sont ici les maîtres de la destinée humaine. Ils ont l’ascendant sur l’humanité, sur une Terre bousillée par la guerre et les problèmes politiques et écologiques. Comme le professeur Jenkins, les Oankali voudraient repeupler la Terre et agiraient pour le bien de l’espèce humaine. Mais à quels prix? Lilith subira maintes expérimentations psychiques et physiques. Elle passera par plusieurs stades d’adaptation, comme l’évolution humaine. Mais au fil de ces expérimentations, son humanité s’amoindrira. Elle qui cette simple jeune femme noire californienne moderne diplômée d’anthropologie, se retrouve être la plausible pièce maîtresse du futur de l’espèce humaine.

Le projet des Oankali est de repeupler la Terre d’humains, certes, mais d’humains modifiés avec leurs gênes. Tout simplement d’hybrides. Ils usent de méthodes strictement interdites sur Terre, comme le clonage ou l’interdit primaire de l’espèce humaine : l’inceste. La Terre est tellement inhabitable que des aliens à l’allure de pieuvres se sentent l’obligation de venir la seconder. Lilith n’a pas le choix que d’accepter. Lilith sera la reine mère, elle s’adaptera, secondera et accompagnera les autres humains à se réveiller et à se conformer au contexte et à la mission future. Lilith porte sur ses épaules de lourds fardeaux. Comme elle le dira elle même, elle sera haïe par les êtres humains et quémander par les Oankali. Les multiples éveils qu’elle fera lui auront fait comprendre que les êtres humains, peu importe l’endroit et le temps, resteront des êtres humains. Incapables de comprendre la situation, ils arriveront à diviser le groupe et commencer une micro bataille entre les éveillés et les Oankali. Cet anthropocentrisme était plus fort qu’eux. À vrai dire, qui l’aurait bien pris d’être réveillé(e) 250 ans plus tard par des aliens. Néanmoins, ils n’arriveront pas à inhiber leurs pulsions et désirs immoraux. Ils seront rattrapés par leur psyché d’Hommes, comme inné.

Lorsque que j’évoquais Wayward Pines, c’est exactement de ça que je parlais. Tous ces hommes et femmes que Lilith réveillera, se focaliseront sur ce qu’ils savent, simple instinct de survie. Mais ils garderont ses jets de leurs vies humaines même mauvais : le mimétisme social, le communautarisme. L’individualisme et l’ethnocentrisme gagneront du terrain. Les Oankali sont leurs opposés naturels : c’est une société organique et holistique, qui ne mange pas de viandes et les Oankali sont biologiquement connectés entre eux et avec leur vaisseau mère. Mais si Lilith a réussi pourquoi pas les autres éveillés. Le choix de Lilith est sans rappeler les charges mentales auxquelles de nombreuses femmes noires du monde entier doivent faire face. Lilith incarne une déesse, la première femme qui se doit d’éduquer, enseigner et développer de manière optimale, d’autres humains. Lilith passera de l’expérience d’hybride à un outil de civilisation humaine. Au fil du livre, elle perd de son humanité, elle est entre les deux mondes. Elle possèdera les outils physiques et moteurs des Oankali comme l’auto-guérison. Après les échecs avec son groupe d’hommes et de femmes, elle dépassera ses peurs et finira par se ranger à la « cause » des Oankali. Simple traîtrise envers son peuple ou simple choix d’affect, elle le dira elle même, elle connaissait mieux les Oankali que ces êtres humains.

Les derniers chapitres du livre le démontrent, nos habitus nous induisent à ne pas se confronter au monde réel. Malgré une période d’adaptation, ces hommes et femmes dont certains finiront par intégrer leur destinée, n’ont pas dépassé leur peurs. Ces hommes et femmes adultes n’ont pas répondu aux attentes de Lilith et des Oankali, malgré le fait qu’ils soient humains, ils sont pas dignes de retourner vivre sur Terre, car la Terre elle même n’est plus la Terre qu’ils ont laissés. Ce sont des enfants qui n’ont pas su voir la lumière et s’adapter et survivre. À deux doigts de dépasser leurs préjugés et xénophobie, ils ont manqué de près une porte pour leur liberté et celle de leur espèce. Une liberté peut être dangereuse, bafouant leurs croyances fondamentales mais la seule à leur porté.

CONCLUSION

L’auteure Octavia Butler.

Dawn est une claque sidérale. On suit Lilith, qui se reconstruit, réapprend grâce à d’extraterrestres, qu’elle même pourrait devenir si elle apprend à les connaitre. Dawn remet en question notre propre humanité et comment les êtres humains se considèrent et échangent. Lilith a vécu tous les stades de l’évolution humaine. Elle est arrivée en l’espace de quelques années à s’approprier et s’enticher d’une autre espèce, elle a dépassé ses peurs fermement installées en elle et s’est adaptée. Dawn nous renvoie en pleine face ce que les êtres humains ont de plus mauvais en eux. Le livre Dawn synthétise et critique le racisme, la xénophobie, les guerres ethniques. Les Oankali peuvent être perçus comme des Etrusques et les humains éveillés, des Grecs ou Romains. Mais cette fois-ci l’histoire est inversée et d’autant plus futuriste. Dans le cas inverse, les Humains auraient-ils tenté d’aider et s’allier aux Oankali? Tout simplement non. Bien sûr les Oankali ne sont pas des enfants de coeur, mais comme pris par une solidarité intergalactique, ont veillé à aider l’humanité.

Dans ce premier livre, la volonté des Oankali part d’un principe presque humaniste, salvateur, mais j’ai hâte de découvrir ce que nous réserve le deuxième livre, vu le final de Dawn. Et peut être que les deux autres livres de la trilogie, me décèleront les réels projets des Oankali et le destin de Lilith.

Lunaticharlie.

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