Dispatches from Elsewhere : une série holistique pour un monde individualiste (ANALYSE)

La série Dispatches From Elsewhere diffusée sur la chaîne américaine AMC en mars 2020 (qui produit Breaking Bad ou encore Killing Eve) et créée par l’acteur Jason Segel, est un bol d’air frais. Série d’anthologie, la série nous plonge en 10 épisodes dans un voyage merveilleux et psychédélique tout en abordant certains maux sociologiques actuels. Tentons une analyse.

QUAND LE MYSTÈRE RAPPROCHE

La série débute avec le personnage de Peter (joué par Jason Segel). Peter est un quarantenaire enfermé dans sa routine boulot-dodo. Aucun(e) partenaire, célibataire endurci, sa vie est plate et sans reliefs. Peter vit à Philadelphie. Un jour il tombe sur une affiche qui montre le robot profil d’un certain criminel recherché. Au même moment, Peter voit ce criminel en question. Il appelle donc le numéro affiché et est convié à un rendez vous. Un rendez vous qui va bouleverser sa vie. Ces affiches dans la ville de Philadelphie ont attiré d’autres personnes qui comme Peter sont seules, incomprises ou tout simplement curieuses. Après un coup de fil, les personnes sont conviées à une rencontre. Méthode sectaire ou juste évènementielle, une fois face à cet écran et face à cet homme Octavio Coleman (joué le fameux par Richard E.Grant) gourou de la Jejune Institute, les individus sont promis à une vie meilleure et qu’ils seront enfin vus et entendus. La Jejune Institute se promet de rendre visible la face cachée et noyée des individus broyés par un système qui les écrase et qui les empêche de briller. La Jejune Institute est cet éclair qui bouscule la vie de tout un chacun mais elle renferme de nombreux secrets et mystères.

Suite à ces révélations et ces rendez vous, les personnes sont invitées à des réunions et des jeux de parcours qui permettraient de retrouver une certaine personne : Clara (jouée par la jeune Cécilia Balagot). Par pur hasard et sous la poussée d’une vision collective, quatre de ces adultes se retrouvent et se réunissent au sein de ces épreuves étranges : Peter, Simone (jouée par Eve Lindley) ; Fredwynn (joué par le génial André Benjamin aka André 3000) et Janice Foster (jouée par la célèbre Sally Field). Ces quatre personnages différent réellement les uns des autres. Simone est une femme transgenre dans la vingtaine qui se découvre à peine. Fredwynn est un quarantenaire très intelligent, nerd riche mais distant et se refuse à toute ouverture sociale et enfin Janice, une femme sexagénaire avec un mari malade et dans le coma, lumineuse mais seule. La solitude les a rapproché pour dénicher cette énigme : leur redécouverte personnelle.

DES ÉNIGMES EMPREINTES DE MAGIE QUI PERMETTENT DE SE RÉVÉLER

Ces énigmes et parcours qui ont pour but de trouver Clara sont en faite des moyens de se révéler en tant qu’individu. Grâce à la magie et aux effets de la caméra voguant sur le bizarre, la série est à la limite du merveilleux et du féerique. Lors de ces aventures, ces quatre adultes vont faire connaissance et vont apprendre à se dépasser, à compter les uns sur les autres, tout simplement à se « réinsérer » dans le monde humain qu’ils ont pendant très longtemps négliger et dont ils se sont retirés par incompréhension ou par peur du rejet. Ils retombent dans l’enfance tout en ayant conscience de leur moi actuel. Le chemin menant à Clara qui se révèlera au final être la créatrice des moyens utilisés par La JeJune Institute, Lee (jouée par Cherish Boothe), n’était qu’un prétexte pour réunir des individus qui ont perdu la magie de l’instant présent et de ce que la vie peut offrir lorsqu’on se lance à sa découverte, sans peurs et sans appréhension. La créatrice a révolutionné sa vie et celles de beaucoup d’autres personnes et c’est ce qu’elle a voulu démontré : elle s’est perdue et a tenté de se retrouver. Les individus à sa recherche sont dans le même cas.

La légende de Clara était la fable parfaite pour ses individus en perte de lumière. Une jeune fille vivant dans une ville monotone, empreinte à des habitants stéréotypés. Clara par son imagination débordante s’est créée un nouveau monde et a imposé sa vision et sa créativité. Mais elle s’est surtout entourée d’autres jeunes différents d’elle. Clara est l’exemple parfait que même les ténèbres ne peuvent rien contre l’Homme et son imagination et qu’à plusieurs, on est plus forts. En plus de Clara, La Jejune Institute et la Elsewhere Society des ennemis suprêmes, se révèleront être sous le contrôle des mêmes personnes, ce qui poussent à déconstruire ces nombreuses légendes et fables de la culture populaire. Fredwynn aura été très touché. Allant toujours au bout des choses et cherchant à démontrer ce qui est caché même quand rien ne l’est, il avait tout de même raison pour Clara pour une fois. Les quatre premiers épisodes se focalisent sur les quatre personnages et on apprend que chacun et chacune d’entre eux ont vécu des moments traumatisants dans leurs vies. C’est ce que j’ai aimé le plus dans ces épisodes, ils montrent l’universalité de la vie humaine et de ses périples. Peter, Simone, Fredwynn et Janice ont dans la ville de Philadelphie, eu des chemins de vie différents mais qui les ont mené au même constat : la peur et l’anxiété sociale. Bien sûr que la vie n’est pas facile et qu’aujourd’hui plus qu’auparavant il est difficile de se connaître et de se reconnaître en quelqu’un d’autre. Mais la série a mis l’accent sur ce qui connecte les individus de nos jours : la différence. Une affiche mystérieuse qui a poussé des individus en manque d’aventure à se rencontrer.

La série a réussi à aborder ces problèmes humains sous le spectre de la douceur et de l’entente, sans morbidité. Quelque part la Jejune Institute (qui existe dans la vraie vie et qui est reconnue comme un groupe sectaire) a tenu parole lors de ces entretiens et réunions : tous les participants sont des êtres intéressants et menés à oeuvrer à petite ou à grande échelle pour de belles choses. Toute personne ne devrait pas avoir peur de ce qu’elle a à offrir aux autres et à soi même. Et c’est peut être le mot d’ordre de la série : d’ouvrir les portes mentales qui nous ont trop longtemps bloquées l’intérieur et de s’émanciper de nos inquiétudes, car aujourd’hui presque tout est impossible. Dispatches from Elsewhere est une expérience unique et brillante.

Lunaticharlie.

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