Midsommar ou l’art de la confusion maîtrisée (ANALYSE)

L’actrice Florence Pugh jouant Dani. Source : Google Images

Le film suédo-américain est réalisé par l’américain Ari Aster sorti en fin d’été 2019 a reçu multiples critiques et s’est surtout fait remarquer pour son « folklore » exacerbé, tourné en dérision et en horreur. Le film a laissé de nombreuses personnes sans voix, moi la première.

En tant qu’étudiante en sciences humaines, j’étais plutôt excitée à la fois effrayée et surprise par ce film. Pouvant être comparé au film The wicker man (2006), le film a toutes les caractéristiques d’un film indépendant : bizarre, sans réel contexte spatio-temporel même si on peut deviner l’époque à laquelle il se déroule. Tentons de savoir le but ou du moins, ce qu’il peut inspirer et les messages qu’il peut faire passer.

Le contexte

Source : Google Images

D’entrée, on découvre Dani jeune étudiante américaine. Son copain Christian est représenté comme étant plus vraiment amoureux d’elle. Un soir, alors entouré de ses amis, fatigués par les appels intempestifs de sa copine, très inquiète pour sa famille dont elle n’a plus de nouvelles depuis quelques jours, Christian est à deux doigts de rompre. Un énième appel de Dani le réveille: la jeune femme en pleurs vient d’apprendre que ses parents et sa soeur sont morts. Viens ensuite de longs mois noirs et de deuil pour la jeune femme traumatisée. Pendant ce temps, Christian, étudiant en sciences humaines (anthropologie), concrétise son projet pour l’été : passer deux semaines avec quelques de ses potes, dans une communauté suédoise, à l’occasion de festoyer et étudier le festival, le Midsommar, annonçant le solstice d’été. Voulant remonter le moral de sa copine, Christian l’invite. Sur place, le groupe d’amis est introduit par leur ami membre de la tribu. Un bad trip et le cauchemar commence.

La désillusion

Source : Google Images

Le groupe d’amis est accueilli chaleureusement. D’autres jeunes troublés par la communauté sont aussi présents. Ils sont enchantés par le cadre naturel et ensoleillé qui leur est proposé. Un bad trip puis une ballade en forêt et le groupe arrive définitivement dans la communauté nommée « Hagar« . Dani encore très perturbée par la mort de sa famille est psychologiquement instable. Christian et ses amis sont eux charmés et troublés par les filles de la communauté aux allures de jeunes filles des prés (un mélange entre des mannequins habillés de la marque Free People avec le charisme des filles du film Virgin Suicides). Des dortoirs au temple sacré, rien n’indique une quelque conque noirceur. C’est lors de la première étape de la célébration du solstice, que le groupe d’amis déchante. Les gourous des Hagar se « sacrifient » devant tout le monde, en sautant d »une haute falaise. Les membres de la tribu sont hypnotisés, immobiles face à la chute. Les images, le sang, les écrasements des têtes contre le sol, tout est d’une brutalité graphique hors-norme. Ceci est le premier avertissement pour Dani et ses amis. Le film prend une tournure psychologique et mentale dramatique. À la fois épris et effrayés par les rites des Hagar, Dani, Christian et le groupe sont comme sous influence. Un couple de jeunes totalement désemparés, décide de s’en aller. On ne les reverra plus.

La communauté ou le piège des sentiments

Plus le film avance, plus Dani et Christian s’éloignent et leurs agissements sont incohérents tout comme les Hagar. Le groupe d’amis se déchire : un tournoi de jalousie, incompréhension et de désespoir se met en place. Le temps s’accélère et plus rien ne fait sens. Dani malgré le chagrin est un peu lucide et conçoit qu’elle est prise au piège. Un stratagème est mis en place pour éloigner Dani de Christian. Et le plan marche à merveille. Entre temps, les membres du groupe d’amis disparaissent petit à petit. Tous ceux qui s’opposent ou bousculent les conventions sociales et/ou religieuses, sont mystérieusement écartés. La communauté se base sur des rites pouvant être qualifiés de païens, elle est vegan ou végétarienne, les vêtements sont simples et blancs. La nature est omniprésente. Les membres sont asservis, dévoués, toujours souriants, en mission. Lors d’une énième disparition d’un de ses amis, Dani mène son enquête et découvre les cadavres de tous les disparus, faiseurs de troubles, dépecés, des corps et peaux écartelés ornés de fleurs. Il s’agit tout bonnement de sacrifices humains. Les rites de la communauté ne sont pas seulement d’ordre cosmogoniques mais d’abord d’ordre de survie. Mais il est trop tard pour s’évader. Le piège se referme. Dani la plus instable du groupe d’amis paraît forte et tourmentée. Christian est quant à lui en passe de s’imprégner et s’accoupler avec une jeune fille vierge, éprise par le jeune homme. C’est décidé, le jeune homme est totalement en phase avec les Hagar.

Drogués en permanence, les deux ex-amants sont maintenant de parfaits inconnus. On cherche à les nuire, à les diviser. L’apogée est atteinte lorsque Dani interpellée par des respirations et bruits organiques en choeur, découvre son copain s’accouplant vigoureusement avec une jeune femme, accompagnée par d’autres femmes de la communauté insufflant le rythme et allant jusqu’à pousser « littéralement » le jeune à enceinter la jeune vierge. Cette scène amena toute la salle de cinéma à émettre des rires généraux partagés entre gène et incompréhension. C’est cette scène qui fît réellement basculer le film. Dani anéantie est prête à tout pour détruire Christian. Sa peine et sa colère l’amènent à se laisser mener par les Hagar. Lors d’un concours de danse entre jeunes filles, porte d’entrée pour le final de grâce,qu’elle gagne, la jeune fille est érigée en nouvelle reine des Hagar. Avec sa couronne de fleurs, elle a tout d’une reine. Rongée par la haine et surtout par la tromperie de Christian, sa première décision est de sacrifier Christian.

Le final

Source : Google Images

Christian est la dernière victime. S’étant laissé envouter par les rites et les charmes des Hagar, il a succombé à ses propres désirs. Il a délaissé ses amis, ses côtés les plus sombres sont ressortis. L’individualisme n’est pas permis chez les Hagar. À vouloir s’intégrer dans cette nouvelle communauté, il a tourné le dos à sa communauté initiale. Il en paie maintenant le prix. Il est mis à feux, habillé d’une peau d’ours dans le temple sacré, entouré de ses amis disparus. Ils brulent sous les flammes, admiratifs des Hagar et de la nouvelle reine Dani.

Midsommar montre qu’aujourd’hui dans un monde globalisé, des communautés minimes et singulières ne peuvent sur-exister sans le monde « moderne » ou industrialisé. Parti des USA, le groupe d’amis pensait étudier une communauté mais s’est retrouvé emprisonné. Chaque individu externe à la communauté des Hagar n’est qu’un pion. Une sorte de course morale est mise en place dès l’arrivée des infidèles, reste à savoir qui gagnera sa place. On voit en Midsommar une once des sept péchés capitaux: Christian est guidé par l’envie, Dani la colère, un autre de leur ami est guidé par la gourmandise, le plaisir de la chair. Chacun d’entre eux est épris par ses propres limites mentales et psychiques : à défaut de ne plus distinguer le réel, ils sont quasiment tous sous influence. Le solstice a des fins cathartiques, presque purgatoires : il s’agit de trouver le bon élément. Purger le mauvais pour trouver le bon. Les plus lucides sont les premiers à être écartés. Le/la plus faible est mis.e. en valeur, érigé(e) en déesse mère. Les membres de la communauté d’abord acteurs sont de moins en moins cohérents, comme possédés par leur mission finale. Dani d’abord vu comme instable et faible se retrouve à sacrifier ses amis, sans le moindre remord. Même si on l’a poussé à cet acte final, une part d’elle assouvissait une revanche sur ceux qui se sont moqués d’elle, sur celui qui l’a bafoué, sur sa vie en générale. On apprend en fin de film, que la famille de Dani a été assassinée. Et si les Hagar avaient tout mis en place depuis le début pour arriver à convaincre Dani, la guidant à son couronnement? Les Hagar ont tout d’une mouvance sectaire coupée du monde « civilisé » empruntant ses croyances au « néo-paganisme » ou « New Age », tout est flou et clair à la fois. La communauté est convaincue de sa survivance en sacrifiant d’autres membres externes à la sienne, des inconnus, des non-convertis, des infidèles n’ayant pas été touchés par ses messages.

C’est ce que le film laisse comme impression. On pense comprendre mais rien n’est clair. Le but? On ne le saura peut être jamais.

Lunaticharlie.

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