Bad Banks : la mise en lumière sur le monde de la finance européenne (ANALYSE)

L’actrice allemande Paula Beer joue le rôle principal de Jana Liekam (photo Pinterest)

Il y a environ 10 jours, dans un ennui télévisuel extrême, je plonge dans les méandres de Netflix et je tombe sur cette série. Ayant terminé Mr.Robot et prise de nostalgie du monde économique dans une fiction, je commence la série germano-luxembourgeoise produite par Arte et ZTV, Bad Banks. Et pour tout vous dire, j’ai fini les deux saisons en même pas une semaine. Je la recommande et surtout, j’écris cet article car j’ai été totalement impressionnée par le réalisme, les stratégies et le casting très prometteur, de la série.

LE MONDE SINGULIER (ET CRUEL) DE LA FINANCE

Jana Liekam, jeune recrue d’une banque luxembourgeoise, est la petite assistante de son patron narcissique et égocentrique Luc Jacoby (joué par Marc Limpach). Lors d’un énième rendez-vous avec son patron, la jeune femme se permet de répondre correctement aux attentes du client, laissant son patron totalement dépourvu. Blessé dans sa fierté d’homme sur-puissant, il le lui fait comprendre. Quelques minutes plus tard, la jeune femme est appelée par la directrice Christelle Leblanc (jouée par Désirée Nosbuch) et se fait virer sur le champ. Mais la directrice donne dans la foulée, un nouveau poste à la jeune femme, dans une banque adversaire allemande nommée Global Invest. Mais pour ça, elle devra surveiller le patron et l’environnement dans la banque en question.

C’est le début d’une toute nouvelle aventure pour la jeune femme. Jana passe de Luxembourg à Francfort. Son nouveau patron Gabriel Fenger (joué par Barry Atsma), quarantenaire ambitieux et hyperactif, est au top de sa carrière et possède une immense équipe de banquiers et analystes. Jana se démarque et est acceptée. D’entrée, on ressent une certaine compétitivité dans l’entreprise. Jana est affectée dans une petite équipe et doit se démener de conclure une grosse affaire en quelques jours. La jeune femme est face à une équipe bien rodée et surtout compliquée. Grâce à son intelligence et son caractère, elle réussit à s’imposer très rapidement, ce qui effraie et énerve. Ce monde très masculin qu’est la finance, est guidé par la compétition, l’ambition et surtout l’effectivité et la réussite. La majeure partie des grands patrons sont des hommes. Je me rends vite compte que la finance est un monde à part. Tout le monde est trilingue voire quadrilingue. Les patrons et leurs salariés passent du français à l’anglais ou l’allemand, dans la même phrase. Le parcours, les études, les réseaux sont primordiaux. C’est un monde du paraître intellectuel. Ce qui pousse les rares femmes en poste à se dépasser. Jana en fait les frais…très rapidement.

DES FEMMES IMPITOYABLES

Ce qui m’a tout de suite impressionnée est le sang froid et l’impassivité des femmes de la série. Le physique, la beauté des facteurs non négligeables dans certains milieux, passent à la trappe (les acteurs tout comme les actrices changent rarement de tenues ou style vestimentaire). Jana est l’une des seules femmes à son niveau. Dans son équipe, on retrouve Thao Hoang (jouée par Mai Duong Kieu), une jeune femme sérieuse, charismatique et contrainte de « servir » sa famille. Jana, sous le contrôle de Christelle LeBlanc, se rend vite compte de sa position. LeBlanc est impartiale, tyrannique et terrorise ses collaborateurs. La féminité connue comme étant socialement et culturellement importante dans les pays occidentaux, est balayée par la série. Les femmes dans la finance n’ont pas le droit d’être à la ramasse et sont soumises à une double pression : celle de leurs pairs masculins comme féminins et les leurs. Voulant réussir et grimper les échelons, les femmes de la série sont des têtes et n’ont pas le droit à l’erreur. Jana use de stratégies et grimpe vite. LeBlanc a pour but de conquérir le marché européen à tout prix et n’a aucune limite, tout comme ses ennemis. La patronne pousse Jana à séduire son patron et à affaiblir son entreprise. Nous sommes face à un double jeu violent et psychologique. Jana use de ses charmes pour séduire et détruire son patron, elle même qui a un amant. Et elle excelle, pas sans se blesser, sur les plans psychologiques et moraux.

UN MONDE DE SURHUMAINS BLESSÉS ET FRAGILES

Jana malgré sa combativité et sa force psychique, est une femme très angoissée et fragile. Elle fait souvent des crises d’angoisse et de panique, mais dans l’ombre, cachée. Elle n’affiche que rarement ses faiblesses, malgré elle. Un soir, la jeune femme angoissée par son travail et seule dans l’open space, fait une crise. Malheureusement, son patron Fenger passait par là et vient en aide à la jeune femme. Après cette scène, je pensais que la jeune femme se ferait virer, mais le patron a fait preuve d’une grannnnnnnde indulgence et humanité, ce qui m’a tout de suite surprise. Mais je me suis rendue compte que dans Bad Banks, la majorité des personnages faisaient face à des problèmes internes et psychologiques très forts. Rien que dans l’équipe de Jana, Thao est divisée entre sa vie de tradeuse talentueuse et sa vie de fille aînée d’une famille d’origine asiatique, avec des parents traditionnels méprisant sa carrière et ses choix de vie. La jeune femme est en dehors du travail, une vraie fêtarde, usant de substances et à la vie sexuelle débridée. Il y a aussi et surtout Adam Pohl (joué par Albrecht Schuch) dans l’équipe de Jana, qui est sûrement le plus sensible et touché émotionnellement.

Le jeune homme est l’homme alpha par excellence. Un brin sexiste et raciste, le jeune homme blond aux bleus, a l’allure d’un stéréotype masculin hollywoodien. Par dessus tout, le jeune homme a un caractère exécrable et excessif. Son monde familial est bousculé lorsqu’un de ses anciens collègues, envoie à sa femme, des photos de lui et d’une femme en pleins ébats. Le jeune homme déjà très torturé perd pied et se montre de plus en plus instable. Colérique et éternel insatisfait, Adam Pohl n’est que le produit de son environnement social et professionnel. La finance est un monde froid et brutal. On découvre que les grands patrons ont des vies complexes ou à l’opposé, inexistantes. Les responsabilités, les stratégies et les coups bas font qu’ils ne laissent pas de vraies places à leur vie familiale ou amicale. Entre drogues, blanchiment d’argent et manipulations parfois d’ordre politique, Bad Banks est une série mature, envoutante et détonante.

Après Mr.Robot, je ne pensais pas que je tomberais aussi vite sur une telle perle. On se prend vite au jeu et aux dynamismes de la série. Ce que j’apprécie le plus, c’est que la série se joue entre quatre pays (Luxembourg, Belgique, Angleterre et Allemagne) et reste avant tout européenne, un cadre spatial qui donne une atmosphère angoissante et tout de même accessible. On est dans un huit clos professionnel et géographique. Malgré un jargon économique et financier parfois compliqué et hors de porté, cela n’empêche pas la compréhension globale de la continuité sérielle. Enfin, un brin réel, la série est actuelle et moderne et n’oublie pas les cultures plurielles présentes au sein même des patrons et patronnes, tout comme le devenir du monde financier et socio-économique (banques vertes ou altermondialisme).

Bad Banks nous propose un aller direct dans un monde qui nous est presque inconnu, pour nous simples mortels, où deux millions d’euros sont perdus en une heure et multipliés par 3 l’heure suivante. Le monde de la finance confiné et visible que de l’extérieur grâce à des quartiers guindés remplis de hautes tours, est bien plus proche que l’on ne croit et est peuplé d’êtres humains à l’extérieur impassibles mais aux vies toutes aussi compliquées que n’importe qui. L’argent n’est pas le moteur principal, l’égo et les résultats priment sur tout.

Lunaticharlie.

La série est disponible en intégralité sur le site d’Arte.tv.

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